Ernst Jünger

Né le 28 mars 1895, Ernst Jünger est mort le 17 février 1998 à l'âge de 103 ans. Il a participé à la Première Guerre mondiale. Il est blessé quatorze fois et reçoit la plus haute décoration allemande (la croix Pour le Mérite). Après la défaite et sa démobilisation, il poursuit des études de philosophie, de botanique et de zoologie, notamment à Leipzig et Naples. Il s'installe à Berlin et devient journaliste politique. Il écrit dans diverses publications nationalistes et fréquente des cercles nationaux révolutionnaires. Approché par le parti nazi du fait de ses écrits patriotiques, il refuse toute participation et démissionne de son club d'anciens du régiment en apprenant l'exclusion des membres juifs. Dès 1933 il est surveillé en permanence par la Gestapo. En 1939 paraît ce que beaucoup de critiques considèrent comme son chef-d'œuvre, Sur les falaises de marbre, un roman allégorique dénonçant la barbarie nazie.
Son œuvre, riche de plus de 25 romans et essais, s'étale sur 70 ans d'observation et de création. En 1982, il reçoit le prix Goethe, déclenchant ainsi les protestations de certains libéraux qui lui reprochent son passé militariste. S'il demeure une figure controversée des lettres allemandes, il est largement reconnu, avec Thomas Mann, comme l'un des plus grands auteurs de langue allemande du XXe siècle. Francophile, contemplatif, amoureux de la nature (il était entomologiste de formation), il fut le témoin impitoyable de son temps.


© Mathieu Bourgois

 

« Peu de poètes ont prétendu, en France, dans la tradition de Victor Hugo, rendre compte de la totalité du monde. Après Paul Valéry, dont le champ de curiosité embrassa tout - mathématiques, sciences, architecture -, Jünger fut le dernier poète à assujettir tout le champ de l'expérience humaine à la vision poétique. Celle-ci a marqué toute sa production de son empreinte : articles, critiques, essais, romans. Peut-être fut-il singulièrement adopté en France pour avoir été l'ultime représentant de cette tradition morte après Valéry : une grande intelligence surplombante, chez qui l'appréhension de la réalité globale ne doit rien aux sciences dites « dures », mais où la connaissance et l'intuition du cosmos peuvent naître d'une révélation fulgurante. »

Michka Assayas - Libération