Bruno Bayen

Elève

Raphaëlle Leyris / Le Monde des livres - avril 2017

C'est un art que Bruno Bayen aura pratiqué toute sa vie : celui de la fugue. Ecrivain, dramaturge et metteur en scène, il glissait d'une forme d'écriture à l'autre, faussant compagnie aux identités assignées, célébrant, de pièces de théâtre en récits, les voyages et tous les moyens de se faire la belle, de se tenir hors d'atteinte. Bruno Bayen s'est échappé pour de bon le 6 décembre 2016, à l'âge de 66 ans. Non sans avoir laissé derrière lui un dernier roman, son dixième. [...] Elève est un livre rêveur et caustique, surprenant, où la mélancolie se mêle à un humour impavide.

Annie Dillard

Une enfance américaine

Patrick Lapeyre / Le Monde des livres - mai 2017

Publier son autobiographie à 42 ans peut sembler un peu précipité. C'est pourtant le risque qu'a pris Annie Dillard, avec son étonnante Enfance américaine, qui la révéla au public à la fin des années 1980. Encore faut-il s'entendre sur les mots. Le projet de son livre est en réalité moins autobiographique stricto sensu que philosophique et poétique. Comme le suggère son titre, Une enfance américaine est [...] un récit d'apprentissage à la première personne, qui s'attache à décrire l'évolution d'une conscience - de l'enfance à la fin de l'adolescence - dans un lieu et un temps bien précis.

Apprendre à parler à une pierre

Pauline Guedj / Politis - mai 2017

Une succession de récits courts, des expérimentations stylistiques. En point d'orgue, "Une expédition au Pôle" ou "Le chevreuil de Providencia". Et un texte d'ouverture où toute la force de l'auteure est déjà là. Dans cette courte description d'une soirée au bord d'un étang, Dillard, stupéfaite, tombe nez à nez avec une loutre. Sous l'intensité des regards, le monde "se démantela et dégringola dans le trou noir de nos yeux". Et brusquement, l'écrivain embarque son lecteur dans l'expérience sensible et spirituelle de son animalité.

L'Amour des Maytree

Biba - avril 2017

Après un mariage et un enfant, Lou et Toby Maytree, charpentier poète, mènent une vie paisible et bohème. Pourtant, Toby s'enfuit avec Deary, une amie du couple. Lou reste seule. Les années passent, chacun médite sur la place de l'amour dans sa vie : son intensité, sa durée, ses illusions, ses désillusions... Une histoire illuminée par un regard incroyablement profond sur nos passions !

Margaret Drabble

Quand monte le flot sombre

Christine Lemoine / PAGE des libraires - juin 2017

Mêlant des réflexions sur la société contemporaine et les menaces écologiques à la vie intime d'une dizaine de femmes et d'hommes confrontés, si ce n'est à la maladie, du moins aux inconvénients du vieillissement, Drabble convoque souvent la littérature (à commencer par D. H. Lawrence à qui elle doit le titre de son roman) pour décrire avec intelligence, subtilité et un humour très anglais une longévité qui "a foutu en l'air la vieillesse elle-même". Qu'ils soient égoïstes, pleins de contradictions, parfois exaspérants, Fran, Bennett, Claude, Jo et les autres nous touchent par leurs "accomodements raisonnables" qui les maintiennent dans la vie.

Geneviève Simon / La Libre Belgique - mai 2017

Mêlant érudition et sens aigu de l'observation, Margaret Drabble offre à Fran d'être à la fois mordante, douce-amère ou franchement drôle en fonction des situations qu'elle affronte. Quand monte le flot sombre captive par la force de personnages palpitants de vérité qui, en deux mois seulement, traversent un monde.

Christine Ferniot / Lire - avril 2017

Comme dans ses autres livres (Une journée dans la vie d'une femme souriante, Un bébé d'or pur), Margaret Drabble réussit à mêler l'anecdote qui fait sourire à la réflexion puissante. Ses personnages tournoient, souvent drôles dans leurs courses dérisoires et toujours émouvants lorsqu'ils repoussent les angoisses devant la souffrance et la lâcheté. Elle n'est jamais une donneuse de leçons, mais une chroniqueuse de la société européenne qui aimerait bien mettre ses vieux sous le tapis avec la poussière. Et surtout, Margaret Drabble a de l'esprit, une érudition réjouissante et l'aplomb d'une insoumise.

Claude Eveno

Revoir Paris

Patrick Kéchichian / La Croix - juin 2017

Proche d'un Eric Hazan et de son Invention de Paris, en sympathie avec ce que celui-ci nommait la "tradition émeutière", Claude Eveno suit ses propres diagonales, s'arrête, se souvient - de films, de livres -, médite, se met en colère (dans l'île Saint-Louis, envahie par "les foules en short"). Il observe, non pas en se détachant de son objet d'étude mais en entrant dans une sorte de connivence, ou même d'osmose avec la ville, avec ses lumières et ses ombres, ses mystères et ses éclats d'histoire.

Leila Guerriero

Une histoire simple

Dominique Aussenac / Le Matricule des Anges - avril 2017

[...] la virtuosité de Leila Guerriero qui décrit une initiation vertigineuse - un noeud de vie, de mort - d'une écriture simple, presque minimale, fragile.

Ariane Singer / Le Monde des livres - avril 2017

Poignant, souvent drôle, ménageant jusqu'au bout le suspense lié à l'issue de la rencontre, Une histoire simple livre un portrait attachant d'une Argentine à la fois fière, humble et volontaire.

Arlene Heyman

Avalanche. Une histoire d'amour

Fabien Deglise / Le Devoir - juin 2017

Un texte forcément personnel, mais surtout très drôle par moments qui traite de la procréation assistée en exploitant les clichés émotifs habituels, mais pour en parler avec un peu plus d'intelligence.

Tard dans la vie, l'amour

Fabrice Colin / Le Canard enchaîné - juin 2017

Psychiatre new-yorkaise arrivée à l'écriture sur le tard, Arlene Heyman, née en 1943, déroule une carte du Tendre parcheminée, entre Viagra, désirs flétris et démons cacochymes.
[...]
Alliage inoxydable de pudeur et de crudité, Tard dans la vie, l'amour est une arme de destruction massive qui touche invariablement au coeur.

Florence Reyre / PAGE des libraires - juin 2017

Amours licites, filiales, confortablement conjugales ou adultères. La langue est crue, les détails parfois choquants, la vie sexuelle est le moteur de ces corps mûrs et vieillissants, les situations triviales ou désespérées. On est loin des amourettes romantiques mais quelle réalité dans ces relations humaines et quelle finesse psychologique ! Une relation sexuelle dans un couple âgé, le fantôme d'un premier mari, un jeune new-yorkais qui pense à son père hospitalisé, la détresse de sa mère devant la maladie, une femme mûre confrontée au déclin de sa très vieille mère. Des familles qui se parlent, des mots qui blessent ou réconfortent. Compromis, négociations parfois tendues, disputes âpres et l'amour circule, sincère, vivant. Arlene Heyman est psychanalyste et psychiatre. Ses nouvelles parlent autant du corps que de l'esprit. Elles sont incarnées, touchantes et dressent un tableau d'une grande humanité. Son premier livre est la somme d'une vie riche de rencontres et d'expériences.

Kerenn Elkaïm / Livres Hebdo - mai 2017

Avec son carré blond cendré, ses lunettes noires et son phrasé dénué de tabous, Arlene Heyman devrait plaire à Woody Allen. Cette psychiatre et psychanalyste new-yorkaise exerce encore, à plus de 70 ans. Ses nouvelles surprenantes sont clairement le fruit de cette redoutable connaissance de l'âme. Ainsi l'auteure affirme que "la vie humaine défie les lignes de failles. En amour, tout est compliqué". De quoi nourrir des histoires n'épargnant aucune véracité. A commencer par la complexité de la sexualité au sein d'un couple mûr. "Faire l'amour exigeait autant de préparation qu'une guerre à mener." Sarcastique, la femme décrit sa relation maritale de façon clinique. Or il ne faut pas "glorifier l'inaccessible tout en dénigrant ce qui se trouvait à sa portée". La jeune Lida vénère justement un artiste reconnu. L'amour les surprend, malgré leur différence d'âge, mais il les rend aussi vulnérables. Un lien puissant inspiré par l'union intime entre l'auteure et Bernard Malamud, à qui elle dédie cette nouvelle.
La plus inoubliable étant celle d'un couple rattrapé par le cancer, mais pas par la perte de désir. Leur vie s'écroule à l'heure où l'Amérique s'abîme, le 11 septembre 2001. D'autres univers s'effondrent. Celui d'un médecin surprenant son père en flagrant délit de tromperie ou celui d'une femme subissant la cruauté de sa mère grabataire.
Tous ces personnages sont mis à rude épreuve, dans la nudité de leurs sentiments les plus crus. En s'approchant de la vérité, quant au sexe ou à l'amour, ce livre dévoile le corps face aux fantasmes, à la maladie, la vieillesse ou la mort. Un miroir mirifique.

Julia Leigh

Avalanche. Une histoire d'amour

Janie Gosselin / La Presse - juin 2017

Julia Leigh a 38 ans quand elle décide d'avoir un enfant avec son nouveau mari. D'abord avec optimisme, interprétant le taux de réussite, pourtant bas, en sa faveur - pourquoi ne ferait-elle pas partie des privilégiées ? Puis avec un désespoir dévorant. Sans pudeur, avec générosité et humour, la romancière et scénariste australienne raconte son parcours dans le monde de la procréation médicalement assistée.

Alexandre Fillon / Lire - mai 2017

Avalanche vaut par sa grande sobriété et son absence de pathos, par le regard et l'écriture de Julia Leigh dont l'abnégation frappe page après page le lecteur. C'est peu dire que son texte lumineux touche au coeur.

Christine Sallès / Psychologies Magazine - mai 2017

C'est un récit empreint d'une certaine tristesse, au ton parfois désabusé - notamment dans ses descriptions de ce "marché économique du désir d'enfant" - qu'a rédigé Julia Leigh. Il n'a pas dû être facile, ni amusant, de relater ce parcours de battante qui n'a pas connu d'issue heureuse. Mais il est bien que Julia l'ait fait. Pour elle et pour tous ceux qui veulent savoir. Pour la jeune femme, ce désir d'enfant, ce sont six essais et autant d'échecs de FIV, et un mariage express (et annulé très vite). Ce désir impérieux, vital, de vouloir porter son propre enfant aurait pu être dramatique pour sa santé si elle avait persévéré. Son témoignage, poignant, documenté, peut aider toutes celles qui, elles aussi, ont échoué à devenir mères par insémination artificielle et peinent à tourner la page d'un parcours douloureux.

Virginie Bloch-Lainé / Libération - avril 2017

Résultat de la rencontre entre la fécondation in vitro et Julia Leigh : un récit très drôle, cru, nerveux, des qualités qui singularisent immédiatement son témoignage.

Grazia - avril 2017

Entre 2008 et 2014, la romancière australienne Julia Leigh a eu recours à une FIV. En vain. Elle relate son calvaire, entre congélation d'ovules, quête d'un donneur, rendez-vous avec les médecins. "C'est un secteur économique qui repose sur un postulat d'échec", constate-t-elle non sans aigreur. Son récit, elle l'a pourtant sous-titré "Une histoire d'amour", en hommage à l'enfant qu'elle aurait aimé avoir.

Julie Coutu / Julie à mi mots - avril 2017

Avalanche est un récit sans fausse pudeur, sans concession, sans espérance et sans apitoiement. Le récit d'une envie d'être mère, des moyens pour y parvenir, des non raisons d'un, de plusieurs échecs. Julia Leigh effleure au passage certaines questions éthiques : l'envie de (au nom de ?), le coût des procédures, les marchés de la grossesse, l'univers "à part" dans lequel évoluent les candidates à la FIV. [...] Avalanche est un récit important, parce qu'il est vrai, clinique, détaillé, à sa manière : objectif. Il annonce le pire. C'est une petite pierre, apportée à un édifice fragile [...].

Olivia de Lamberterie / Elle - avril 2017

Julia Leigh raconte son parcours pour avoir un enfant. Un récit fort et singulier en même temps qu'un livre miroir passionnant.

Folavril - avril 2017

Un témoignage poignant, sans fard, porté par une écriture sobre et sincère qui m'a beaucoup touchée.

António Lobo Antunes

Pour celle qui est assise dans le noir à m'attendre

Caroline Jarry / Le Devoir - juin 2017

Malgré le propos sombre et souvent bouleversant, le prologue et les trois mouvements qui composent le roman comme une oeuvre musicale s'éclaircissent progressivement et la musique devient plus légère. Une oeuvre exigente, mais belle, tant dans sa forme que son contenu, qui se termine par un adieu lumineux.

Marine Landrot / Télérama - juin 2017

António Lobo Antunes a découpé le récit en trois mouvements, comme une sonate. Son roman s'écoute plus qu'il ne se lit. Il faut laisser ses mots s'engouffrer en soi comme des notes de musique, accepter que cette prose hypnotique contraigne l'intellect à abdiquer. Commence alors l'extraordinaire voyage de tous les possibles, où les crucifix cloués sur les têtes de lit deviennent des métronomes pour rythmer les nuits d'amour, où les lévriers dessinés sur les torchons peuvent soudain galoper dans la campagne, où les horloges n'ont qu'une seule aiguille.

Oriane Jeancourt Galignani / Transfuge - juin 2017

António Lobo Antunes est sans doute le plus bel héritier de James Joyce dans l'Europe d'aujourd'hui. L'un des plus fidèles en tout cas. Ce livre, Pour celle qui est assise dans le noir à m'attendre, pourrait être son Finnegans Wake. [...] Dès le début, la langue de Lobo Antunes, unique (et une nouvelle fois si parfaitement traduite par Dominique Nédellec), se reconnaît, mais ici elle est poussée au paroxysme de son vertige : par la voix de cette femme, nous sommes plongés dans une géographie intérieure qui dévie, un déséquilibre qui ne fera que s'accentuer. [...] Ce livre terrible, superbe, nous révèle que même dans l'obscurité de la déchéance d'un esprit, subsistent des moments radieux, volés à l'enfance. Lobo Antunes va une nouvelle fois là où si peu oseraient s'avancer, sur la face noire de l'esprit humain.

Hédi Kaddour / Le Monde des livres - juin 2017

C'est ici que se déploie la force littéraire d'Antunes : il a renoncé à parler comme un livre mais il n'est pas question pour lui d'écrire comme on parle. Il invente le simulacre d'une voix, d'un parler qui a traversé l'écrit, qui ramasse en lui tout le savoir-faire de l'écriture et le fait oublier. [...]
Et c'est aussi tout l'art de son traducteur, Dominique Nédellec, d'en avoir librement transposé le rythme et les réussites, en inventant une prose qui nous donne le sentiment que quelque chose de neuf, venu du portugais, s'est créé dans le français du roman.
Tout cela bien sûr ne serait qu'exercice d'atelier sans la tension qui s'empare du lecteur chaque fois (à chaque page) que la caméra de Lobo Antunes saisit un fragment de réel pour en nourrir son roman tragicomique, un chat, par exemple, qu'on caresse au moment de la dernière piqûre du vétérinaire, ou, plus drôle, un homme qui ne parvient pas à retrouver son mouchoir, le confond avec la doublure de sa poche et tente de se moucher avec la doublure ; ou encore un crucifix qui s'agite au-dessus d'un lit, en cadence avec les mouvements d'une bête à deux dos, c'est gênant mais ça n'est pas une raison pour mettre fin aux dits mouvements.

Antoine Perraud / La Croix - juin 2017

Pourquoi cette agonie, dans un appartement lisboète, nous harponne-t-elle ? Parce que l'écriture d'António Lobo Antunes, pleine de silence à combler, de virages en épingle à cheveux et d'associations d'idées, nous enrôle. [...]
Derrière les figures qui s'effacent et le gommage de la psychologie s'impose une langue grattée jusqu'à l'os, afin de révéler l'horreur des rapports de domination que nous réserve ce pauvre monde à l'humanité disparue. Toutefois cette langue, avec son rythme envoûtant, ses répétitions narcotiques et son sarcasme sédatif, renvoie à une culture, à une géographie, à des états d'âme et donc à une forme de résistance ; maintenant et à l'heure de notre mort.
Ecriture vaudoue et prière cryptée au nom d'une mémoire se jouant de lecteurs transformés en réflecteurs de fiction, voilà l'ambition littéraire du nobélisable Lobo Antunes : ne nous laissons pas tous ensevelir, aimons chaque prochain...

Christophe Mercier / Le Figaro littéraire - mai 2017

Lobo Antunes est un auteur lyrique, nostalgique, noir et drôle - comme Proust, dont le rapproche sa phrase sinueuse, interminable, musicale ; comme Céline, dont il partage le goût de l'Hénaurme, la propension à passer sans solution de continuité du réel au délire, tout en restant dans le réel.
Pour celle qui est assise dans le noir à m'attendre est le 24e roman publié en France du maître portugais, et on a rarement vu une telle fougue créative, une telle ambition, une telle inventivité, se maintenir avec une telle constance, une réussite aussi exceptionnelle : Lobo Antunes écrase, sans difficulté, tous ses contemporains.

Isabelle Rüf / Le Temps - mai 2017

Mieux que personne, Lobo Antunes sait évoquer la solitude des choses, des corps. Toutes ces voix développent leurs lignes musicales simultanément, elles s'entremêlent, de manière moins systématique que dans les livres précédents mais la mélodie rend toujours le même son : une nostalgie mâtinée d'éclats d'ironie et d'humour, une vision très noire des relations entre les êtres.

Baptiste Liger / L'Express - mai 2017

Portrait polyphonique d'un monde en décrépitude à travers un corps qui tente de résister, ce roman distille un humour cruel d'où surgissent une émotion d'une rare puissance et une mélancolie loin de tout effluve de naphtaline. Ce mausolée est tout bonnement magnifique.

Véronique Rossignol / Livres Hebdo - avril 2017

Qui mieux que l'auteur de N'entre pas si vite dans cette nuit noire et de Quels sont ces chevaux qui jettent leur ombre sur la mer ? peut décrire la sortie de scène de cette vieille petite fille égarée, de plus en plus désorientée. Ce mélange de grotesque et de pathétique, de drôlerie et de cruauté. Qui peut rendre le flux erratique de la conscience, la débandade, la confusion des temps à l'intérieur des têtes. Ce délire terrible et doux, désinhibé, de la démence sénile.

Juliet Nicolson

Mères, filles. Sept générations

Pauline Sommelet / Point de vue - juin 2017

En plongeant sa plume dans les multiples non-dits des archives familiales, Juliet Nicolson a su panser les plaies d'une enfance hors norme tout en reprenant le flambeau littéraire avec un réel talent. Afin que ses filles et sa petite-fille, qui gambade déjà au milieu des jonquilles, puissent comprendre à leur tour les fantômes bienveillants qui sont l'âme de Sissinghurst.

Clémentine Goldszal / Elle - avril 2017

En moins de quatre cents pages et sans jamais galoper après son matériau pourtant dense, Juliet Nicolson, écrivaine, fille d'écrivain et petite-fille de Vita Sackville-West, remonte le fil de sa prestigieuse lignée en s'attachant aux femmes qui l'ont précédée. Ce faisant, elle dégage des lignes de force et relie les destins à l'évolution des moeurs, sans jamais tomber dans le poncif ou l'illustratif.
[...]
Lorsque Juliet Nicolson en vient à parler d'elle-même, de sa mère éprise de liberté mais morte alcoolique et esseulée, de son père engoncé dans sa pudeur, de sa vie marquée par l'envie d'affranchissement et la force de l'hérédité, le livre prend un tout autre ton et devient sentimental. D'épopée historique, il se fait mémoires et perd en piquant ce qu'il gagne en émotion. Et il remporte son pari : dans les pleins et les déliés de ces destins liés, pas un instant on ne s'ennuie.

Aurélie Janssens / PAGE des libraires - avril 2017

Juliet Nicolson est un nom qui vous est peut-être inconnu, mais celui de Sackville-West plus familier. L'auteure de ce livre n'est qu'une des branches d'un arbre généalogique foisonnant qui recèle parmi ses frondaisons des hommes et des femmes impliquées dans le monde des lettres ou de la politique britannique. Dans cet ouvrage atypique, elle revient sur sept femmes, sept générations de 1830 à 2015, de l'arrière-arrière-grand-mère Pepita, danseuse espagnole d'une grande beauté, à la petite-fille de l'auteure, Imogen. Racontant tour à tour les histoires de ces femmes fascinantes, au caractère bien trempé, aux destins incroyables, émouvantes dans leur fragilité, ce livre est bien plus qu'un simple récit familial. Le lien qui les unit va bien au-delà de ceux du sang. On découvre aussi une forme de filiation de destins, de sentiments, de blessures. Deux cahiers-photos nous font pousser un peu plus la porte du grenier et entrer dans l'intimité de ces femmes uniques mais aussi des hommes qui les ont accompagnées. Un album de famille à feuilleter avec délectation.

Antonio Ortuño

La file indienne

Caroline Jarry / Le Devoir - mai 2017

Mais le roman est bien plus qu'un suspense. C'est un portrait très noir du Mexique d'aujourd'hui, où les Mexicains traitent les réfugiés centraméricains avec un mépris qui ressemble à une sorte de haine de soi.

Isaac ROSA

La pièce obscure

Ella Balaert / La Nouvelle Quinzaine Littéraire - juin 2017

Portrait d'une génération, tableau d'une époque et d'un pays, le roman d'Isaac Rosa offre une formidable réflexion sur l'intime, le public et l'exercice du pouvoir à l'âge du tout-écran, car celui qui maîtrise la visibilité de l'autre a totale emprise sur lui. Bienvenue dans une chambre noire qui fait froid dans le dos.

Actualitté - avril 2017

Magnifiquement écrit, La Pièce obscure, constat extrêmement lucide de l'état de la société, nous hante bien après en avoir fermé la porte.

Martin Solares

N'envoyez pas de fleurs

Ariane Singer / Le Monde des livres - juin 2017

Plongée saisissante dans un pays gangrené par les narcos, N'envoyez pas de fleurs, roman noir très documenté, décrit sur un rythme haletant l'irrésistible montée de la violence. Hier exercée à l'abri des regards, elle s'affiche désormais au grand jour : corps décapités, exhibés, fusillades au vu et au su de tous... Jadis cantonnée au sud du Mexique, elle s'exerce désormais dans le nord du pays, et singulièrement dans les zones de transit frontalières avec les Etats-Unis. D'une écriture précise, l'auteur décrit sans fausse pudeur la barbarie des exactions, évoquant le trait de Roberto Bolaño de 2666. Il s'approche au plus près de l'horreur lorsqu'il évoque l'existence des camps d'entraînement de trafiquants, dont les prisonniers sont kidnappés, déshumanisés, sommairement exécutés...
[...]
Huit ans après la parution du très remarqué Minutes noires, qui dénonçait déjà les collusions entre les autorités, la police et le monde des narcotrafiquants, Martín Solares s'impose comme un écrivain de haut vol. Un pourfendeur de l'argent facile et du laisser-faire, dont le nombre de victimes s'allonge dans une indifférence complice.

Veneranda Paladino / Les Dernières Nouvelles d'Alsace - juin 2017

Plus anxiogène et sombre que Les Minutes noires, le roman-reportage de Martín Solares montre la logique collaborationniste, alimentée par la violence et la peur, qui détruit la société mexicaine. Entre dans les têtes des personnages pour les faire parler et mentir. Dans ce contexte, comment briser le mot d'ordre : "Se taire. Se méfier. Se terrer." Implacable.

Christian Galdón / En attendant Nadeau - avril 2017

Il n'y a rien de mieux qu'un polar, "une conversation (infinie) dans l'ombre", pourrait-on dire avec Martín Solares, pour témoigner des rapports existant au sein d'une communauté. Rapports toujours humains : de l'homme avec l'homme, de l'homme avec la justice, de l'homme avec le pouvoir et ses sosies chargés de le "représenter" : les politiciens de tous ordres, y compris la police, ce double d'un double, impliqué, comme personne, dans le bonne entente de la représentation. Cela s'appelle couramment de la "politique".
[...]
Une fois l'enquête lancée, on est emporté par le rythme effréné et les renversements de situation du roman-reportage de Solares. Le lecteur est amené sur la scène du spectacle effrayant de l'impolitique mexicaine où les nouveaux et les anciens, deux gangs criminels, se partagent avec le gouvernement et la police le contrôle de la région.

Béatrice Arvet / La Semaine - mars 2017

A la frontière américaine, dans l'état de Tamaulipas, [...] la fille de Don Williams, un magnat américain, a été enlevée. Convaincu de l'incapacité des forces de l'ordre à investiguer efficacement, son père fait appel à un ancien flic, reconverti en hôtelier depuis qu'il a subi les foudres du commissaire Margarita pour avoir osé arrêter un véritable assassin à la place d'un pauvre hère n'ayant pas les moyens de payer un bakchich.
[...]
A ce polar qui tient en haleine jusqu'à la dernière ligne, [Martín Solares] ajoute une dimension documentaire glaçante. Axée sur la course contre la montre pour retrouver la jeune fille vivante, la première partie nous balade au coeur d'un système de représailles qui terrorise les habitants et transforme des lieux paisibles, économiquement florissants, en paysages de désolation. La seconde moitié du roman s'attache plutôt aux comptes que doit rendre le fameux Margarita à son successeur (et à sa conscience par la même occasion). Elle n'en réserve pas moins de nombreux rebondissements, toujours aussi représentatifs d'une région en plein chaos.

Peter Stamm

L'un l'autre

Florent Georgesco / Le Monde des livres - avril 2017

L'étrangeté magnétique de L'un l'autre ne se résorbe jamais : elle culmine même dans les dernières pages de ce roman tendu, intense, qui atteint alors une puissance inouïe, et fait surgir, au point de rencontre des rêves d'Astrid et de Thomas, un paysage d'une bouleversante beauté, que personne au monde ne pourrait avoir envie de fuir.

Enrique Vila-Matas

Mac et son contretemps

Christian Desmeules / Le Devoir - juin 2017

Un cop-à-l'âne littéraire qui nous entraîne de Borges à Cheever, de Bolaño à Faulkner, Karl Ove Knausgaard, Gogol, Schwob ou Perec. Vila-Matas ne se refait pas : écrire ou ne pas écrire est certainement l'un des thèmes les plus chers à l'écrivain espagnol, thème qu'il semble explorer cette fois jusqu'à la folie, avec ce narrateur qui semble s'enfermer peu à peu dans ses propres lubies.

Kerenn Elkaïm / Le Soir - avril 2017

Une pièce maîtresse dans le puzzle littéraire qu'[Enrique Vila-Matas] ne cesse de tisser au fil du temps, tant ses thèmes de prédilection convergent dans ce jeu de quilles déstabilisant. Une passion pour l'obsession et la répétition qui entraîne son protagoniste dans un cheminement antagoniste.

Claude Grimal / En attendant Nadeau - avril 2017

Mac et son contretemps apparaît donc comme le dernier tour de prestidigitation littéraire de Vila-Matas, impeccablement exécuté, baguette dans une main, soda pétillant dans l'autre, sous une pluie d'étoiles magiques drôles et mélancoliques.

Baptiste Liger / L'Express - avril 2017

S'il soigne le chic de sa construction, de ses répliques et de ses références, Vila-Matas n'oublie jamais qu'une idée théorique n'est en rien inconciliable avec un plaisir ludique.

Mathieu Lindon / Libération - avril 2017

Comme d'habitude chez Vila-Matas, Mac et son contretemps est un roman dont la littérature est l'héroïne.

Alphonse Cugier / Liberté Hebdo - avril 2017

Ultime plaisir offert au lecteur, le roman se termine sur une dimension proustienne bienvenue, manière d'accepter l'écoulement du temps et d'incliner à l'apaisement. Légère, avenante, raffinée, grisante, ironique, cette forme de littérature qui multiplie à l'envi les registres a de beaux jours devant elle.

Marc Fumaroli / Le Figaro littéraire - avril 2017

Au moment où [paraît], en traduction chez Bourgois, le dernier "texte" de Vila-Matas, intitulé Mac et son contretemps, le Collège de France organisait l'une de ses "Grandes Conférences" en faveur du célèbre romancier espagnol.
Sous-titrée par un excellent traducteur, lue en castillan et en smoking par Vila-Matas lui-même, sa conférence très réussie s'acheva par la citation d'une vraie-fausse Marlene Dietrich en chanteuse de cabaret des années 1930. Cela résumait et concluait la poétique énoncée dans le texte. Le très nombreux public fondit en applaudissements [...].

Nathalie Crom / Télérama - mars 2017

Enrique Vila-Matas traite avec fantaisie du thème de la répétition dans l'écriture. Un roman enivrant.