Renato Cisneros

La Distance qui nous sépare

Jordi Batallé / RFI - septembre 2017

Alexia Kalantzis / BLOG La Petite Revue - septembre 2017

Comment réduire la distance qui sépare un fils d'un tel père ? Peut-on résoudre le paradoxe de cet homme politique et militaire si décrié pour son rôle dans les persécutions, les écoutes téléphoniques et les disparitions étranges qui ont touché le Pérou dans ses années noires, et qui, pourtant, se révèle être un père de famille et un mari aimé ? Telles sont les questions auxquelles tente de répondre le fils, mais aussi l'écrivain, dans ce beau roman [...].

Ariane Singer / Le Monde - septembre 2017

Biographie intime et romancée qui court jusqu'à la maladie et la mort du général, La Distance qui nous sépare est aussi une enquête historique. El Gaucho a-t-il vraiment fomenté un coup d'état contre le régime ? A-t-il en personne commandité l'assassinat ciblé de militants révolutionnaires ? En journaliste, Cisneros explore avec force détails, documents et témoignages, les zones d'ombre du général. Son amitié indéfectible avec les chefs sanguinaires de la junte argentine (ses anciens camarades de l'école militaire de Buenos Aires), ses liens étroits avec le général Pinochet... Sans chercher à les minimiser ni à les justifier. Pas plus qu'il n'élude les violentes diatribes du père contre la présidence autoritaire et corrompue d'Alberto Fujimori (1990-2000).
Entremêlant faits historiques et souvenirs d'une enfance très protégée - avant que les menaces de mort ne plongent le foyer dans la terreur -, Renato Cisneros livre ici le captivant récit d'une étrange et dérangeante filiation. Un puzzle amoureux et lucide, loin de toute forme de procès ou de réhabilitation.

Baptiste Liger / L'Express - septembre 2017

Au-delà du portrait tout en nuances d'El Gaucho, l'auteur livre un pan de l'histoire de l'Amérique du Sud et, l'air de rien, une réflexion sur l'amour filial, parfois tiraillé entre bien des sentiments.

Elisabeth Miso / Florilettres - septembre 2017

En retraçant le parcours amoureux et politique de cet homme secret, intransigeant, séducteur, insubordonné, sûr de lui, pour qui la peur et le doute étaient "une sorte de brume qui ne l'avait jamais atteint", l'auteur va faire surgir ses failles insoupçonnées, révéler sa duplicité dérangeante et démêler ses propres sentiments. Comment s'accomoder d'une telle filiation, comment faire coïncider l'image d'un père cultivé, amateur de littérature, strict mais aimant avec ses enfants avec celle d'un parfait inconnu et d'un oppresseur ? Au fur et à mesure de ses découvertes, Renato Cisneros identifie les bonnes raisons qui ont motivé sa longue quête : "en finir une bonne fois pour toutes avec mon père, pour me l'ôter définitivement de la tête, pour l'empêcher d'être le centre des angoises viscérales qui ne me quittent jamais et pour lui faire une place dans un lieu immatériel où je pourrai apprendre à l'aimer à nouveau".

Véronique Bergen / art press - septembre 2017

Que connaît-on d'un homme lorsqu'il nous quitte ? Dans La Distance qui nous sépare, Renato Cisneros nous livre le récit d'une enquête sur son père, le général Luis Federico Cisneros Vizquerra (1926-1995) dit El Gaucho, ministre au Pérou, proche de Pinochet, de Videla, ordonnateur d'une guerre sans merci contre les gérilleros du Sentier lumineux. Comment peut-on avoir été père et bourreau ? Comment être fils alors que le géniteur est mort ? Roman sur le mythe des origines, sur le travail de la mémoire et de l'oubli, sur la transmission de blessures taboues de génération en génération, le livre tente de libérer les cadavres du placard, de lever les zones d'ombre de la vie d'un des acteurs majeurs de la dictature péruvienne. Ecartelé entre amour filial et révélation progressive de l'ampleur de la politique criminelle poursuivie par le père, le fils interroge l'opacité des êtres, la complexité des sentiments.

Que Tal Paris ? - septembre 2017

Nul doute que Renato Cisneros est un écrivain talentueux. Désormais, on peut également ajouter, comme l'affirme Mario Vargas Llosa, qu'il fait preuve d'un immense courage. Dans son dernier roman, Renato Cisneros se met à nu et nous dévoile les histoires passées de sa famille et ses ressentis. [...] Avec une prose envoûtante et intimiste, Renato Cisneros part à la recherche de son père, un homme de clairs obscurs : militaire répressif, passionné de littérature, ami de ses amis, père aimant et éternel séducteur.

Romain Blandre / Pages d'Histoire[s] - août 2017

Plus qu'un roman, il s'agit aussi d'une biographie courageuse et touchante. Un véritable exercice de style et une magnifique "auto-thérapie" pour un fils qui cherchait à comprendre et à combler la distance qui le séparait d'un père qui l'a quitté alors qu'il n'était pas assez mature pour le comprendre. C'est aussi une plongée phénoménale dans plus de vingt années d'une dictature bien mal connue de ce côté de l'Atlantique. C'est enfin également l'hommage et les remerciements qu'un fils adresse à un père qui semble avoir tout sacrifié pour permettre à son fils d'accomplir les rêves que lui-même n'avait pas pu réaliser.

Serge Bressan / Le Quotidien du Luxembourg - août 2017

Un romancier, le Péruvien Renato Cisneros (né à Lima en 1976) raconte son père, Luis Federico Cisneros Vizquerra (né en 1926 à Buenos Aires, mort en 1995 à Lima). Dit ainsi, La Distance qui nous sépare relèverait de la plus grande banalité. Sauf que ledit père a été, dans les années 1970-1980, pote avec Videla et Pinochet, ministre de l'Intérieur du gouvernement péruvien (1976-1978) et surnommé "El Gaucho". Dans la vie publique, il prônait la dictature, cadenassait la presse, était ami-ami avec les tortionnaires. Dans la vie privée, il était un père aimant et présent. Et la question éclabousse la vie du fils, du romancier : face à ce personnage double, comment réagir ? Comment se comporter ? Dans la grande tradition du roman sud-américain, qui veut rester au plus près de la réalité sans ne jamais tomber dans l'auto-fiction, Renato Cisneros pose autant de questions cinglantes qu'il signe un texte lumineux.

Charlène Busalli / PAGE des libraires - août 2017

Renato Cisneros n'avait que 18 ans lorsque son père est mort en 1995 d'un cancer de la prostate. Des années plus tard, il s'est décidé à enquêter sur les agissements publics mais aussi sur la vie privée et amoureuse de ce père qui n'avait pas vraiment tendance à se livrer dans l'intimité. Journaliste de profession, Renato Cisneros a mené une enquête minutieuse qui a dû lui demander beaucoup de courage, allant interroger aussi bien les membres de sa propre famille que les anciens amis - parfois peu recommandables - de son père. Il livre ici un récit émouvant mêlant souvenirs et découvertes inattendues, doublé d'une interrogation complexe sur la filiation et de fulgurances existentielles et poétiques pafois bouleversantes.

Damien Aubel / Transfuge - août 2017

La principale arme, dans ce mano a mano contre l'obscurité, est moins la mémoire que l'écriture. Une phrase dense, ultra-précise dans ce qu'elle charrie de détails, dans sa syntaxe toujours prompte à la nuance, à la correction. Une phrase comme une lampe de mineur car, pour le père mais aussi pour Renato, "les mots étaient le lieu de l'affect, l'endroit où les sentiments érodés du quotidien réapparaissaient et reprenaient forme". Il n'y a pas que le Sentier qui est lumineux. Mais, tout compte fait, ce roman aussi, au milieu des ténèbres.

Jean Tanguy / www.lepaindesreves.fr - août 2017

Ce livre n'est pas une biographie, ni un ouvrage d'histoire, ni un essai psychologique. C'est le roman de la recherche de son père que mène Renato Cisneros, de son père à lui, pas de celui de ses frères et soeurs, Ce faisant, il montre que, dans le contexte latino-américain, le père est celui qui a le pouvoir, aussi bien dans la maison qu'à l'extérieur, celui qui décide des règles et les fait respecter. Ce pouvoir qui ne se discute pas et qui a à voir avec ce lâcher prise qui l'a mené à la mort. Le titre du roman exprime bien la distance qui le sépare de son père, ils ne sont pas de la même génération et ne possèdent pas le même corpus idéologique.
Il aura fallu du courage pour explorer la vie d'El Gaucho, il l'a fait avec talent, suscitant sans cesse l'intérêt de son lecteur pour cette histoire passionnante et émouvante.

Tessa Hadley

Le Passé

Sarah Mossman / PAGE des libraires - octobre 2017

Par un bel après-midi d'été, les trois sœurs Crane et leur frère se retrouvent à Kingston, leur charmante demeure familiale au cœur de la campagne britannique. Tessa Hadley signe une comédie de mœurs à l'anglaise, au gré d'une mise en scène riche de nuances tchékhoviennes. [...]
Dans ce microcosme de culture britannique contemporaine viennent s'opposer des pulsions contraires, des conflits de générations et de classes. Comme une représentation théâtrale, les acteurs sont sur les planches grinçantes de la vieille bâtisse, s'efforçant de bien jouer leurs rôles. [...]
Avec un vrai sens du portrait psychologique, l'écriture de Tessa Hadley est empreinte d'une ironie subtile, dans la veine des grandes auteures anglaises qui l'inspirent, telles Jane Austen ou Elizabeth Bowen.

Philippe Chevilley / Les Échos - septembre 2017

Henry James, Jane Austen, Alice Munro, Elizabeth Bowen et même Tchekhov : la critique anglo-saxonne n'est pas avare de références quand il s'agit d'encenser le sixième roman de la britannique Tessa Hadley. Pour un lecteur français friand de littérature anglaise, Le Passé constitue la lecture idéale de ces premiers jours d'automne : un vrai « classique » moderne british.

Ariane Singer / Transfuge - septembre 2017

Romancière psychologique héritière d'Henry James, Tessa Hadley livre Le Passé un roman magnifique autour d'une maison bourgeoise qui se délite [...]. Avec un humour discret mais constant, Tessa Hadley, souvent comparée à Alice Munro et Elizabeth Bowen, décrit la façon dont la venue de tiers modifie, sans les bouleverser vraiment, les équilibres affectifs.

Claire Devarrieux / Libération - septembre 2017

Une quintessence de roman anglais, trois semaines de vacances dans une maison de famille à la campagne qu'il faudra probablement vendre. [...] Quatre quadragénaires, des intellectuels, un frère, trois soeurs, cultivent en toute affection leurs souvenirs et leurs vieilles mésententes.

Jowhor Ile

Avenue Yakubu, des années plus tard

Thomas Coutenceau / La lettre du libraire - octobre 2017

Ce roman, à la fois lyrique et politique, avec un suspense bien construit, interroge le monde, sa violence et sa beauté, ces vies d'amour et de souffrance. Dans un style subtil et convaincant, l'auteur sait suggérer l'atmosphère oppressante d'un état policier.
Avec ce texte noir et poétique, Jowhor Ile nous offre un magistral premier roman, doublé d'une critique lucide du régime politique nigérian de ces années-là.

 

Marie Soyeux / La Croix - septembre 2017

Bien qu'Avenue Yakubu, des années plus tard débute comme un roman policier, il n'en est pas un. En fait d'enquête, le roman semble plutôt se réorganiser de l'intérieur, réunissant selon une logique mystérieuse les conditions nécessaires au surgissement de la vérité. Avançant son récit par à-coups, Jowhor Ile n'explique pas : il observe l'inexplicable. Les irrépressibles colères d'un enfant, la bouffée meurtrière d'un groupe, l'aveu soudain d'une mauvaise conscience, la frappe aveugle du malheur... Cette mosaïque d'événements, survenant sans crier gare, dessine un pays, le Nigeria, où les êtres et les choses "peuvent disparaître sans aucune explication", où "il peut arriver n'importe quoi à n'importe qui".
Encouragé par la romancière Chimamanda Ngozi Adichie, grand nom de la littérature nigériane actuelle (L'Hibiscus pourpre, Americanah...), Jowhor Ile révèle avec habileté, à travers un portrait de famille intime, une fresque politique ambitieuse.

Camille Cloarec / Le Matricule des anges - septembre 2017

Avec finesse, Jowhor Ile s'empare donc de ce détail de l'Histoire et en fait le symbole d'un régime politique décadent. Derrière Bendic, Ma, Bibi et Ajie, il donne la parole à ces innombrables familles privées d'un proche, incapables de faire leurs deuils. Puisant dans le passé commun, le roman s'attarde sur l'instant de basculement entre la norme et le malheur. La plupart des épisodes qu'il narre se déroulent "avant que la vie normale, tel un illusionniste, fasse une courbette, caresse du doigt le sable, puis disparaisse, si bien qu'il était difficile d'imaginer qu'elle avait existé un jour". L'auteur démontre ainsi avec force le cataclysme que créent les erreurs policières dans le quotidien de simples citoyens. L'écriture, tendre, innocente, contraste terriblement avec l'horreur froide de l'événement, et dénonce avec une virulence aiguë l'injustice dont tous sont victimes. Un son difficilement supportable, comme celui de l'absence, qui "en viendrait à retenir, stridente et impitoyable, comme un coup de sifflet dans la nuit".

Julien Coquet / Toutelaculture.com - septembre 2017

S'ouvrant sur la disparition inexpliquée de Paul, le récit s'ancre alors dans le passé (« Pour raconter l'histoire de Paul, il faudrait remonter jusqu'avant sa naissance ») pour remonter peu à peu le temps et déboucher sur la résolution du mystère. [...] A travers cette accumulation de souvenirs, le lecteur cherche des indices explicatifs à la disparition de l'aîné de la famille Utu. Mais cela sera vain puisque Jowhor Ile, originaire de Port Harcourt et enseignant la creative writing à la Boston University, préfère se concentrer sur le portrait de la famille Utu : les relations tendues entre Bibi et Ajie, l'admiration d'Ajie pour Paul, la bienveillance de Ma face à l'exigence de Bendic. Avenue Yakubu, des années plus tard, est bien plus un roman familial qu'un roman politique ou policier.

Gladys Marivat / Le Monde des Livres - septembre 2017

Plongée dans le Nigeria des années de dictature, portrait sensible d'une famille en deuil, le premier roman de Jowhor Ile s'ouvre comme un récit à énigme sur lequel plane une menace implacable. Repéré en 2008, lors d'un atelier d'écriture, par l'écrivaine Chimamanda Ngozi Adichie, ce Nigérian de 37 ans signe un livre de grande ampleur. [...] Il nous fait vivre la disparition de Paul dans l'esprit de celui qui se sent coupable ; Ajie, le benjamin, le dernier à avoir vu Paul vivant.
[...]
Finalement, Avenue Yakubu, des années plus tard est peut-être avant tout un roman sur la fin de l'enfance. Ce moment où l'on réalise qu'une part de ce qu'on vit nous échappe, inexorablement.

Romain Blandre / BLOG Pages d'histoire(s) - août 2017

Tout commence à Port Harcourt, au Nigeria, par la disparition d'un jeune homme exemplaire, Paul Utu. Son père, Bendic, est un avocat bien connu dans la région et Ma, sa mère, une professeure d'université irréprochable. Pourtant, ce jour de 1995, Paul ne rentre pas. Qu'a-t-il pu lui arriver ? [...]
C'est à travers les yeux de Bibi, la plus jeune, et du cadet Ajie que l'on découvrira le fin mot de l'histoire. [...]
Un magnifique roman qui, sans forcément avoir vécu des drames similaires à la famille Utu, nous incite aussi à porter un regard sur les changements dans notre existence.

Hanif Kureishi

L'Air de rien

Christophe Mercier / Le Figaro littéraire - octobre 2017

On sait que Kureishi est un scénariste connu. On le découvre aussi cinéphile averti : derrière les allusions avouées au film noir et au voyeurisme de James Stewart dans Fenêtre sur cour, on sent toute une culture parfaitement assimilée, et on pense aux miroirs de La Dame de Shanghaï comme aux appareils photo de Blow-Up, ou aux rapports du mari paralysé et de sa jeune femme, Emmanuelle Seigner, dans Lunes de fiel, de Polanski.
Le roman d'Hanif Kureishi, sous son apparente simplicité, est un divertissement sophistiqué, ultra-référentiel, un morceau de musique de chambre dont l'écoute demande une grande attention - et pas mal de films au compteur.

Didier Jacob / L'Obs - octobre 2017

Scénariste, dramaturge, écrivain, Hanif Kureishi est un maître discret qui, depuis My Beautiful Laundrette (1985), s'est attaché à décrire la société anglaise dans ses marges. Mais son œuvre n'est pas seulement un observatoire social. Il manie aussi l'ironie comme personne. [...] Il y a du Mankiewicz dans cette fable subtile, période Guêpier pour trois abeilles. Deux bourdons se disputent la même proie, mais Waldo tire les ficelles. C'est du moins ce qu'il croit, même s'il sait, morale de l'histoire, que l'intelligence ne peut rien contre la force du désir.

Héléna Villovitch / Elle - octobre 2017

Délicieusement méchant ! C'est un stratagème littéraire très efficace que déploie l'auteur anglais pour nous faire croire au personnage diabolique de Waldo, vieux maître du cinéma quasi grabataire, lui-même manipulé par sa jeune femme et par l'amant cupide de cette dernière. La vieillesse, la richesse et le sexe sont tournés en ridicule par un auteur en grande forme, qui exorcise la peur de mourir et la transmue en une irrésistible pitrerie dans un roman dense et hilarant. [...]
Chez Kureishi, la méchanceté n'est pas destructrice, car elle est une forme de générosité. Tout ce qu'il est, il le transforme, « l'air de rien », en histoire.

Christine Bard / Libération - octobre 2017

Poursuivant dans L'Air de rien son exploration du désir, Hanif Kureishi imagine avec un humour féroce la vengeance d'un cinéaste cacochyme face à l'infidélité de sa femme. [...]
Hédoniste. Si le récit tout en suspense et en ironie porte la voix du mari trompé, si l'intrigue repose sur sa stratégie de défense et d'attaque, le cœur du sujet pour Hanif Kureishi n'est pas la jalousie mais le désir, l'impétuosité, l'imprévisibilité, l'animalité du désir, un désir sans dieu ni maître. [....]
La littérature peut quelque chose pour éclairer nos pulsions, sans les juger. Mais que faire quand, la queue basse, vous voyez la mort arriver ? Si la réponse vous intéresse, lisez ce livre.

 

 

Ghania Adamo / La Liberté - septembre 2017

L'art de la sorcellerie. En quoi consiste-t-il ? La réponse c'est Hanif Kureishi qui la donne dans L'Air de rien. Un roman diaboliquement construit par cet écrivain britannique qui sait comme personne vous tresser un suspense et faire monter crescendo la pression psychologique.[...] Un huis clos à l'odeur rance, comme on en voit au cinéma. L'Air de rien fait d'ailleurs penser à Fenêtre sur cour de Hitchcock.

Christine Marcandier / Diacritik - septembre 2017

Est-ce le délire d'un homme proche de sa fin, d'une jalousie pathologique puisée dans la rage de ne plus être autonome ? [...] Waldo est-il une victime, le jouet de ses fantasmes ou un pervers prenant un plaisir monstre à construire ce scénario ?

Cette ambiguïté est tout le sel d'un roman qui lorgne du côté des films de Hitchcock. L'Air de rien est un récit à la fois noir et férocement drôle, jouant d'une réversibilité redoutable entre plaisir et souffrance, observation aiguë du monde et délire d'un cerveau en surchauffe.

 

Alexandre Fillon / Lire - septembre 2017

Avec des livres comme Le Bouddha de banlieue ou Quelque chose à te dire, Hanif Kureishi a maintes fois montré à quel point il était doué pour l'ironie et pour le grinçant. Pour appuyer là où ça fait mal et mettre à nu l'âme humaine avec toutes ses bassesses. Dans L'Air de rien, son nouveau roman, il orchestre une comédie noire où le rôle de chaque protagoniste évolue au fils des pages. Qui est vraiment le bourreau et qui est la victime ? Qui manipule qui ? C'est ce que l'on apprendra à mesure que l'on avance dans cette histoire à la fois drôle et amère.

Livres Hebdo - septembre 2017

Dans ce huis clos théâtral, on ne sait plus où se situent la réalité et l'imaginaire. L'écrivain anglais Hanif Kureishi se sert de sa plume comme d'un canif incisif. Il écorche le masque social pour révéler la vraie nature des êtres.

Linda Lê

Héroïnes

Marine Landrot / Télérama - octobre 2017

Avec cet échange d'e-mails entre deux jeunes d'origine vietnamienne, Linda Lê se confronte ouvertement à ses propres fantômes. Abyssal et envoûtant. [...]
Voilà qu'elle se lance aujourd'hui, qu'elle prend à bras-le-corps l'évidence toujours esquivée, qu'elle regarde en face ce que son visage dit pour elle, et pose haut et fort la question originelle : que faire de ce Vietnam natal, de ce Vietnam mental, de ce Vietnam spectral, dont elle confie l'initiale à son personnage principal, V., lancé dans une curieuse enquête sur les fantômes de ce pays ?

Aurélie Janssens / PAGE des libraires - octobre 2017

Depuis qu'elle a quitté le Vietnam en 1977, Linda Lê ne cesse d'y revenir. Parfois une petite touche, un élément, une toile de fond, mais surtout un élément constitutif de beaucoup de ses personnages, comme un membre fantôme qui lui permet d'évoquer deux thèmes majeurs de son œuvre : l'exil et la part d'obscurité que l'on porte en soi. [...]

Les héroïnes, qui donnent le titre au roman de Linda Lê, le sont par la fiction, bien entendu, mais aussi par leur destin. Ces trois femmes sont trois visages de l'exil, trois motifs, trois façons de vivre. [...] Ces trois femmes et les jeunes gens qui les évoquent sont autant de visages d'un exil qui fait ou défait des destins, un poids, une histoire, dont l'auteure se demande si la charge doit continuer d'être portée par les générations suivantes. [...]

Qu'il soit intérieur ou bien réel, l'exil, le déracinement, ce mouvement tantôt violent, tantôt salvateur, est comme la lumière au bout du tunnel dans l'œuvre de Linda Lê, car chez elle, ombres et lumières mènent une danse magnifique, un tourbillon où l'on aime se perdre.

Chercheurs d'ombres

Aurélie Janssens / PAGE des libraires - octobre 2017

Un recueil de textes inédits qui évoquent les figures de ceux qui « ont été dévorés par l'ombre ». Par ce travail, elle cherche à « permettre à la part obscure d'entonner l'éloge de ce qui chante dans les ténèbres ». Elle y évoque Depardon, Bruno Schulz, Ida Lupino, Joë Bousquet, Sharunas Bartas, Cristina Campo, Antonin Artaud, mais aussi Alejandra Pizarnik, et encore bien d'autres. Tous ont, à un moment donné, questionné leur part d'ombre pour créer.
Linda Lê livre dans ces pages un hommage poignant et vibrant à la création artistique et rend hommage à ces « chercheurs d'ombres » qui ont dû affronter ce qui les dévoraient pour accoucher d'œuvres magistrales. Tous les textes sont d'une justesse et d'une lucidité poétique incroyables.

Elisabeth Philippe / L'Obs - octobre 2017

Chercheurs d'ombres est l'un de ces livres miraculeux qui en fait découvrir d'autres, comme des secrets précieux que l'on se transmet à voix basse.

António Lobo Antunes

Pour celle qui est assise dans le noir à m'attendre

Pierre Maury / Le Soir - août 2017

L'écrivain portugais António Lobo Antunes peut aborder tous les sujets, il les passe à la moulinette furieuse de son écriture personnelle et à son sens singulier de la narration. Son oeuvre ne peut se réduire à des thèmes, même s'il a utilisé, pendant des années et plusieurs romans, ses souvenirs de la guerre d'Angola ou certaines pages plus lointaines de l'Histoire du Portugal, rapportées au temps présent. Même s'il lui arrive aussi de se rappeler qu'il est psychiatre et concerné à ce titre par le fonctionnement de l'esprit.
C'est ce qui lui est arrivé, suppose-t-on, avec son dernier roman traduit en français, Pour celle qui est assise dans le noir à m'attendre. La mémoire éparpillée d'une dame âgée, dont les descendants survivants attendent la mort avec parfois une certaine impatience. Elle lâche en vrac des bribes de souvenir remontant jusqu'à la petite enfance. Ceux qui restent quand le passé immédiat survole le cerveau sans y laisser aucune trace, si fugitive soit-elle.

Antoine Mouton

Imitation de la vie

Avril Ventura / Le Monde des livres - octobre 2017

Comme c'était déjà le cas dans son précédent roman, Le Metteur en scène polonais, Antoine Mouton excelle dans une forme d'absurde tragi-comique et poétique, qui se demande si la fiction peut être plus vivante que la vie elle-même. Imitation... est ainsi une variation jubilatoire sur les pouvoirs de l'imagination, mais c'est aussi une profonde réflexion sur les limites du langage.
[...] Le terme de « disparition » longtemps employé par Emir pour évoquer le suicide de Thierry, lui semble finalement inapproprié, et il réalise qu'il n'a jamais assez pris en compte la violence de la mort de son ami - mort qui revient pourtant comme un fil rouge au cours du récit. C'est dans le maniement subtil de ce motif récurrent, autant que dans la répétition des jeux de mots et des quiproquos, que tient la réussite du roman. Car Imitation de la vie est aussi une singulière méditation sur le deuil. Sur l'héritage laissé par ceux qui s'en vont à ceux qui restent, sur ce que cet héritage fait de nous à notre insu.

Claudine Galea / BLOG remue.net - septembre 2017

L'écriture est parfaite, logique, rationnelle, claire, a contrario des événements qui y surgissent, flous et fous. Apprendre à disparaître, dépoussiérer les fantômes, se moquer de son propre sérieux, quitter l'adolescence, devenir magicien, serait-ce l'objet d'une imitation de la vie ?

Julien de la Panneterie / Le 1 - septembre 2017

Si de multiples craintes et une constante imposition du Mystère font un humoriste, quel autre roman de cette rentrée se lira plus allègrement que l'original Imitation de la vie d'Antoine Mouton ? [...] Qui dit une nouvelle fois, singulièrement, tout le talent contenu dans Le Metteur en scène polonais, la première folie d'Antoine Mouton.

Alexandre Fillon / Les Echos - septembre 2017

Antoine Mouton entraîne le lecteur dans un étrange labyrinthe aux multiples ramifications.

Sandrine Brugot Maillard / BLOG Tête de lecture - août 2017

Un roman foisonnant, souvent drôle, poétique et un peu fou. Surprenant.

Julien Coquet / toutelaculture.com - août 2017

Après Le Metteur en scène polonais, Antoine Mouton livre une réflexion sur le passage à l'âge adulte non sans un certain sens de l'humour.

Guillaume Foussard / PAGE des libraires - août 2017

Imitation de la vie est l'histoire troublante d'un homme pris dans un tourbillon, témoin et prisonnier de sa lâcheté, qui tente tant bien que mal de se construire à travers les désillusions de la vie.

Natacha Margotteau / Revue Mouvement - août 2017

Ce qui est déroutant et passionnant chez Antoine Mouton, c'est que, malgré les apparences, on ne sait jamais vraiment ce qui se trame. Ce qui se trame... ou comment ça se trame. Antoine Mouton écrit comme on tisse, retordeur hors pair de fils de toutes tailles. Une fois le livre ouvert, le récit nous embarque. Désorienté sans être perdu, le lecteur savoure le fait d'être là où il est : au coeur d'une intrigue.
[...]
Il y a chez Antoine Mouton une attention particulière à ne pas opposer les contraires, voire même à les réunir. On voit à quel point une oeuvre peut être vivante par ce qu'elle engendre.

Fernando Pessoa

Le banquier anarchiste

BLOG Le Tourneur de pages - septembre 2017

Ce texte est aussi court que réjouissant. Pessoa, dont ce livre est la seule fiction publiée de son vivant, attaque avec ironie et cynisme la société bourgeoise. [...] Les dialogues sont absolument somptueux d'entourloupe et de mauvaise foi. C'est un numéro d'équilibriste où la sincérité (pourtant revendiquée) est la grande absente. [...] Pessoa décrit une société malhonnête et corrompue, appâtée par l'argent et le pouvoir. Ce que dénonce le texte est révoltant et le livre brillant.

Susan Sontag

Débriefing

Livres Hebdo - octobre 2017

Ce qui retient l'attention dans cette forme fictionnelle éloignée des essais théoriques, c'est le goût de Susan Sontag pour la suspension. Tout ce que ces nouvelles plastiques, pleines de perplexité et d'incertitude, révèlent du processus de connaissance qui se déploie chez cette écrivaine qui s'est fermement prononcée « Contre l'interprétation ».

Martin Suter

Eléphant

Jean-Luc Tiesset / En attendant Nadeau - octobre 2017

Le Suisse Martin Suter, passé maître depuis longtemps dans l'art de construire des intrigues originales qui donnent à ses « thrillers » de quoi captiver - et faire réfléchir - ses lecteurs, nous entraîne avec Éléphant dans un monde inattendu, celui des manipulations génétiques. Voir des éléphants roses n'est désormais plus impossible, et qui plus est miniaturisés et lumineux dans le noir ! [...] Comme toujours, Martin Suter s'est soigneusement documenté avant de nous entraîner dans les méandres de cette étrange aventure.

Bernard Quiriny / L'Opinion - septembre 2017

Il semble qu'un sujet neuf fait son apparition cette année : les technologies du vivant et leurs dérives. [...] A la différence de ses confrères, qui prennent tous le sujet du côté des apprentis-sorciers du transhumanisme en imaginant des inventeurs-démiurges démarqués d'Elon Musk ou Ray Kurzweil, Suter, lui, se place, à l'autre bout de la chaîne, du côté du « produit ». Son idée de départ est géniale : aux abords d'une rivière près de Zurich, un SDF découvre... un minuscule éléphant rose luminescent, doté d'une peau tendre et chaude, « comme du cuir de porc » ! [...]
Après un démarrage en forme de conte, Eléphant se transforme en thriller. Comme toujours chez Martin Suter, le rythme est haletant, l'écriture est sèche et la documentation, solide. [...]

Un roman divertissant et conduit avec maestria.

Jean-Philippe Proulx / Le Devoir - septembre 2017

À l'heure où l'art biotechnologique s'intensifie, Éléphant débarque comme un plaidoyer nécessaire contre les dangers des modifications génétiques. Qu'est-ce qui sépare l'évolution de la création ? S'agit-il d'un miracle ou d'une manipulation de laboratoire ? Le roman - qui se lit comme un thriller rocambolesque - offre plusieurs pistes intéressantes.

Ogden Ridjanovic / Radio - Canada - septembre 2017

http://ici.radio-canada.ca/premiere/emissions/plus-on-est-de-fous-plus-on-lit/segments/chronique/39816/club-lecture-grasset

 

Philippe Chevilley / Les Echos - septembre 2017

L'écrivain suisse n'a pas son pareil pour coudre des histoires étranges, afin de mieux dénoncer les travers de notre société. Roman après roman, c'est ainsi qu'il construit avec finesse une comédie humaine caustique de notre temps. Dans son viseur, cette fois : les manipulations génétiques commandées par l'appât du gain ; le rapport éthique à la création et à l'évolution ; le rejet des faux-semblants du monde moderne et les peines d'amour qui peuvent mener à l'alcoolisme et à la clochardisation...
[...]
Ecrit comme un thriller, avec des chapitres courts, riches en flash-back et en rebondissements, Eléphant se dévore littéralement.

BLOG D'une berge à l'autre - septembre 2017

Un SDF, une vétérinaire, un chinois, un savant fou, un birman et surtout un mini éléphant rose phosphorescent. Des ingrédients incongrus pour un roman aux faux airs de conte fantastique, parfois proche du thriller, qui interroge sur les avancées de la génétique et plonge avec un réalisme sidérant au coeur du quotidien difficile des sans-domicile-fixe. Le tout en alliant courses poursuites endiablées et moments intimistes, humour noir un poil cynique et questionnements philosophiques. [...] Un roman à la construction parfaite, qui se dévore comme un page-turner et surprend par sa profondeur de réflexion. Assurément une des plus belles surprises de la rentrée littéraire.

Lisbeth Koutchoumoff Arman / Le Temps - septembre 2017

Eléphant est un thriller aux allures de conte. Au premier genre, il emprunte le rythme, le suspense, le côté film hollywoodien à grand budget. Du deuxième, il emploie la magie et la parabole. L'écrivain suisse s'est fait une spécialité, celle du réalisme fantastique. Avec précision, il coud des pans d'imaginaire à la réalité d'aujourd'hui.
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Documenté sur les mondes qu'il explore (on apprend pas mal de choses), l'auteur campe atmosphères et personnages avec la fluidité d'une caméra et l'élégance de ceux qui ne veulent surtout pas ennuyer. La seule rencontre avec le petit éléphant rose justifie la lecture.

François Mauron / La Liberté - septembre 2017

Un éléphant, ça trompe énormément. Surtout lorsque c'est Martin Suter qui s'empare du sujet. Le nouveau roman de l'écrivain alémanique démarre en douceur, comme un conte fantastique un peu loufoque ; mais il se termine, l'air de rien, par une puissante réflexion sur le génie génétique. Un questionnement subtil, qui se dessine en filigrane d'un texte où l'humour a la part belle. C'est du reste une marque de fabrique de l'auteur.

Pierre Schavey / Lion - septembre 2017

Faux thriller et faux récit de science-fiction, ce livre est un vrai roman attachant malgré sa complexe étrangeté. Une fabuleuse fiction, appuyée sur une solide documentation scientifique qui décrit aussi bien le monde des clochards que celui de la zoologie généticienne ou des sociétés internationales spéculant sur les recherches de la génétique. A lire sans faute à condition de lire aussi, si ce n'est déjà fait, les Allmen, Le cuisinier et Le temps, le temps (tous chez Bourgois).

Stéphanie Janicot / La Croix - août 2017

Le roman contemporain ne nous offre pas très souvent l'occasion de lire de belles histoires alliant la saveur de la littérature au merveilleux du conte. C'est pourquoi il serait dommage de passer à côté de ce drôle d'Eléphant que nous propose l'écrivain suisse Martin Suter.
Avec la précision d'un romancier naturaliste, l'auteur commence par nous traîner au fond d'une grotte en bordure de rivière où Schoch, SDF et alcoolique, a élu domicile. Lorsque notre futur héros se réveille en entrevoyant la silhouette replète d'un mini-éléphant rose brillant dans l'obscurité, la première chose qui lui vient à l'esprit est que le moment est sans doute venu d'arrêter de boire ! Et pourtant, il va lui falloir se rendre à l'évidence ; il partage son antre avec ce petit animal de compagnie, qui tient plus du jouet que du mastodonte. Coment un tel prodige (qui répond désormais au nom de Sabou) s'est-il produit ? C'est là que l'écrivain déploie tout son talent pour assembler peu à peu les pièces d'un puzzle complexe sans jamais perdre son lecteur.
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Il est rafraîchissant de retrouver pour quelques heures son âme d'enfant, de se laisser emporter vers un univers fabuleux et symbolique, dans lequel le sacré, la solidarité, la rédemption sont mots chargés de sens.

Didier Jacob / L'Obs - août 2017

Roux, un savant sans foi ni loi, cherche à fabriquer des animaux génétiquement modifiés. [...] Il veut frapper un grand coup. Créer un éléphant rose, minuscule de surcroît, pourrait lui assurer une gloire universelle. [...] Martin Suter réussit, dans ce petit miracle de prose génétiquement modifiée, à donner au thriller la forme d'un roman philosophique, ou vice versa. Pourrons-nous, un jour, choisir notre couleur, notre taille, notre sexe ? L'art est-il en avance sur la science ? Et le monde court-il à sa perte ? Vous ne trouverez peut-être pas les réponses à toutes ces questions dans Eléphant. Mais sa lecture vous fera passer un sacré bon moment.

La Tribune de Genève - août 2017

Chez le Zurichois, la morale passe souvent par la petite cuisine humaine. Et quand Martin Suter, 69 ans, voit un éléphant rose fluo luire, il faut le croire et se fier à la sagesse d'un romancier que nul coma éthylique ne saurait troubler. Même son héros Schoch, un sans-abri qui dort dans une grotte, ne s'illusionne pas quand il découvre la créature. "Il buvait depuis trop longtemps pour pouvoir avoir encore une gueule de bois digne de ce nom." Et puis des savants fous n'ont-ils pas déjà imaginé des cochons dont la peau verdissait sous les UV ? Poussé par les découvertes de généticiens et experts pachydermiques, le plus international des fabulistes suisses a donc conçu un adorable nain. Petit pas pour l'homme, bond de géant pour l'humanité ? Avec ses cupides et idéalistes, la fable rejoint Okja, la SF du Coréen Joon-Ho Bong. Bref, alertez les bébés.

Manuel Hirbec / PAGE des libraires - août 2017

C'est aussi drôle que rocambolesque, peuplé d'étonnants personnages et d'une inimaginable créature à laquelle on s'attache, évidemment. Vous allez l'adorer ! Les dialogues, les situations, les personnages et le fil romanesque sont savoureux et s'articulent à merveille. Martin Suter décrit admirablement bien notre modernité et nos sociétés contemporaines capables de manipuler l'animalité sauvage pour la marchandiser à tout prix, tout en jetant à la rue des hommes et des femmes devenus pour elles rebuts inutiles et sans valeur, illustration de la nouvelle sauvagerie à l'oeuvre. Fable contemporaine ébouriffante et réjouissante, Eléphant est un roman qui ne trompe pas !

Eléonore Sulser / Le Temps - août 2017

Un minuscule éléphant rose fluorescent de quarante centimètres de long et trente de haut : tel est le personnage irrésistible au coeur du nouveau roman de Martin Suter, Eléphant (Christian Bourgois). Auteur d'une vingtaine d'ouvrages, le Zurichois, 69 ans, compte parmi les écrivains suisses les plus lus et les plus traduits (et adaptés au cinéma). Après les excès de la finance abordés dans son précédent livre, ce parolier de Stephan Eicher tisse un conte à partir d'une hypothèse scentifique possible mais pas encore réalisée : la création, par manipulation génétique, d'un animal nain doté d'une couleur luminescente.
Outre les personnages finement dessinés, le suspens haletant, la force du roman tient dans l'idée de cet éléphant miniature qui condense à lui tout seul les contradictions violentes de la manipulation génétique : à la fois l'effroi devant ce pouvoir de transformer du vivant à volonté et l'émerveillement devant cette vie, prodigieusement gracieuse. Très documenté, à la fois sur les dernières avancées en génétique et sur l'éthologie des pachydermes, Eléphant permet une rêverie sur la place du sacré et les limites de l'omnipotence humaine.

Gabriele Tergit

L'Inflation de la gloire. Berlin 1931

Isabelle Rüf / Le Temps - juillet 2017

Gabriele Tergit (1894-1982) rend avec élégance l'effervescence de la bourgeoisie décadente, inconsciente de l'abîme qui se creuse devant elle. Ce roman, maintes fois republié en Allemagne, la dernière fois en 2014, a rencontré un grand succès à sa publication.
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Gabriele Tergit manie l'art du dialogue avec un brio et une légèreté enthousiasmants. Ses personnages sont complexes, attachants ou répugnants, et l'arrière-plan social est peint avec acuité. Un grand roman du XXe siècle qui éveille de profonds échos aujourd'hui.