Tessa Hadley

Le Passé

La Gazette du Square - décembre 2017

Une parenthèse hors du temps s'offre aux membres d'une famille réunie pour les vacances. Mais passé la quarantaine, les valises des uns et des autres sont peut-être moins légères qu'il n'y paraît... Merveilleuse de finesse psychologique, c'est un peu de nos vies ordinaires que Tessa Hadley déploie, non sans ironie : choix, désirs, espoirs et peines. Un savoureux moment de lecture ponctué de scènes inoubliables !

Philippe Chevilley / Les Échos - septembre 2017

Henry James, Jane Austen, Alice Munro, Elizabeth Bowen et même Tchekhov : la critique anglo-saxonne n'est pas avare de références quand il s'agit d'encenser le sixième roman de la britannique Tessa Hadley. Pour un lecteur français friand de littérature anglaise, Le Passé constitue la lecture idéale de ces premiers jours d'automne : un vrai « classique » moderne british.

Jowhor Ile

Avenue Yakubu, des années plus tard

Valérie Marin la Meslée / Le Point Afrique - octobre 2017

Dans cette immersion profonde au sein d'une famille nigériane et de la relation entre deux frères, il y a un peu de l'ambiance des Pêcheurs de son compatriote Obioma, mais l'histoire est bien différente et le style de Jowhor Ile, tout à fait original et remarquablement maîtrisé dans sa manière de porter au jour ce que vit jusqu'au plus profond un jeune citoyen de ce pays.

Hanif Kureishi

L'Air de rien

Patrick Beaumont / La Gazette Nord-Pas-de-Calais - décembre 2017

Ce brillant et court roman du dramaturge, écrivain et scénariste britannique suit les pas de Waldo, réalisateur contraint par son âge et son état de santé à rester enfermé dans son appartement londonien. Fragile et frustré, c'est Zee, sa jeune et séduisante femme, qui s'occupe de lui. Mais lorsqu'il commence à soupçonner Zee d'avoir une liaison avec Eddie, Waldo est poussé à agir : déterminé à dénoncer la supercherie, il s'attache à prouver que ses soupçons sont fondés avant de mettre en place sa vengeance. Porté par un humour roboratif et une écriture affûtée attentive aux détails, Hanif Kureishi signe un roman jubilatoire, poursuivant le fil de son incisive comédie humaine.

Florence Noiville / Le Monde des livres - décembre 2017

A 63 ans, auréolé de succès, l'écrivain, scénariste et dramaturge britannique n'a plus rien à prouver et accueille la vieillesse avec joie. Tout le contraire du héros de L'Air de rien, son nouveau roman.

Kureishi écrit pour se distraire. Se faire rire, sans inhibition. L'Air de rien est une comédie. Sur l'Âge, le sexe, le narcissisme, la dépossession, la jalousie... Une comédie en clair-obscur, cependant. Riche de toutes les nuances possibles. Comme une perle sombre dont l'orient varie selon l'angle de vue et l'éclairage. On y trouve du burlesque - celui qui entoure Waldo, ce drôle de héros cacochyme et mal embouché (mais toujours plein d'humour), qui, bien qu'impotent et grabataire, refuse de se laisser marcher sur les pieds par l'amant de sa femme.

On y trouve aussi ce que l'auteur appelle en français, du "noir". Car, tout en grommelant, Waldo mène l'enquête sur le couple clandestin. « Au départ, je voulais faire un thriller, une intrigue à la Simenon dans le Londres contemporain. » Simenon et aussi Hitchcock, qui trône dans sa cuisine. "J'ai grandi avec lui, dit Kureishi. Il est là dans L'Air de rien, comme Jean-Pierre Melville et beaucoup d'autres. Je voulais installer une atmosphère de claustrophobie et de paranoïa, voyez-vous. Faire en sorte que le lecteur ne sache plus s'il est dans la vérité ou la folie d'un homme."
Au fond, n'est-ce pas un anti-Fenêtre sur cour (1954) que Kureishi s'est amusé à écrire ? Où le héros serait un James Stewart laid, lubrique, narcissique, épouvantablement misogyne et complètement délirant. [...]
On lui demande pourquoi, dans nombre de ses derniers livres, désormais, le thème de la vieillesse est si présent. On lui demande s'il pourrait dire : "Waldo, c'est moi." Il hausse les épaules. Bien sûr, il a, dans ce livre, multiplié les clins d'œil à sa propre biographie. Waldo, par exemple, a été l'ami du chanteur David Bowie, qui fut aussi le sien (les deux hommes sont passés jadis par la même école, à Bromley, dans le Grand Londres, et c'est Bowie qui, en 1993 composa la musique de l'adaptation télévisée du Bouddha de banlieue). Mais pour le reste, l'écrivain l'assure, la mélancolie waldienne n'est pas la sienne, au contraire.

 

Delphine Peras / L'Express - octobre 2017

Hanif Kureishi signe là un septième roman très cinématographique, d'une intelligence savoureuse, drôlement cynique. L'écrivain britannique n'a pas son pareil pour mettre en scène ce décadent triangle amoureux. Caustique, lucide, obsédé sexuel, Waldo se sent comme « un figurant dans [son] propre film », mais reste un manipulateur de génie.

Linda Lê

Héroïnes

Véronique Bergen / Art Press - décembre 2017

Un roman et un essai de Linda Lê soulignent que, pour l'auteure d'origine vietnamienne, l'écriture est un dialogue avec les fantômes. [...]
Linda Lê appartient à cette confrérie d'auteurs qui font du verbe l'instrument d'exploration des vertiges de la vie. [...] Avec Héroïnes, l'auteure nous entraîne dans une éblouissante traversée du rêve traduite dans une architecture tout en palimpsestes. [...]
Ces deux ouvrages incandescents frappent de leur bâton de pèlerin des lointains la source des mots, la source de la vie. L'écriture comme sentinelle de l'existence, dialogue avec les fantômes, traversée des râles de l'histoire officielle ou mythique.

 

Serge Bressan / Le Quotidien du Luxembourg - novembre 2017

Avec un étudiant féru de Kafka et une photographe qui échangent par voie électronique, Linda Lê signe Héroïnes, un texte magnifique.
On lit : « J'aime que les livres soient des brasiers. » Ou encore : « La littérature n'est pas faite pour les acquittés, elle n'est pas faite pour les élus. Elle est dans le camp des victimes et des sacrifiés, dans le camp des condamnés qui essayent, comme moi, de trouver leur salut et qui se cassent les dents... » Immédiatement, on est emporté par cette petite musique en mots. Depuis bientôt 30 ans, cette petite musique littéraire nous berce. Elle est composée par Linda Lê, 54 ans, née au Vietnam, arrivée en France à 14 ans. Linda Lê, c'est la fée des lettres. Elle vient à nous régulièrement - ces temps-ci, elle nous glisse un nouveau roman simplement titré Héroïnes, un texte parfait qu'on aurait pu titrer « Trois femmes ». Avec cette auteur de grande discrétion médiatique, on fréquente l'élégance, l'exigence, l'originalité. Avec cette auteur, les critiques express et mondains n'ont pas leur place, et encore moins leur rond de serviette. [...]
Avec Héroïnes, Linda Lê raconte, à travers la correspondance de V. et de la photographe, des thèmes aussi divers et variés que l'art, l'amour, la guerre, la révolution, l'exil. Au fil des pages et des lettres évoquant les trois héroïnes, les deux écrivent, finalement, le livre des fuites. À quatre mains, défilent des histoires de doubles, de nostalgie, de résistance(s). De consolation, aussi. On y entr'aperçoit également la possibilité non pas d'une île, mais d'une réconciliation, un jour, sait-on jamais... Sera-ce toujours le temps de « l'amère patrie » ? Sera-ce toujours le paradis perdu, le pays des déchirures ? Y aura-t-il un jour le retour à la « mère patrie » ? Une fois encore, discrètement, modestement, Linda Lê nous offre une leçon d'écriture. Maîtresse dans l'art d'écrire en creux, dans les replis de la vie et les non-dits, elle brille par un roman sans pleins, ni déliés, mais tout en spirales. C'est flamboyant, enchanteur. De la grande littérature, qu'on se le dise !

Bertrand Leclair / Le Monde des livres - novembre 2017

La chute de Saïgon en 1975, une histoire d'exil et de doubles maudits qui entraîne ses personnages aux lisières de la bouche d'ombre aux vérités vénéneuses, ou encore le calme oppressant de la Suisse : le nouveau roman de Linda Lê travaille des ingrédients familiers à ses lecteurs. Pourtant, créant une distance nouvelle avec ses thèmes de prédilection en racontant la correspondance de deux jeunes gens d'origine vietnamienne nés en Europe après la guerre, alors qu'elle-même est arrivée en France à 14 ans, en 1977, Linda Lê donne avec Héroïnes un roman d'une facture inédite et le sentiment que s'y parachève une mue entamée depuis plusieurs années.
Le récit déploie ses spirales envoûtantes sur un mode désormais éloigné des livres emportés sinon enragés que furent Les Trois Parques ou Voix (Christian Bourgois, 1997 et 1998), livre inoubliable où les mots les plus forts faisaient trembler les lignes et claquer les pages. Le temps n'est plus à l'imprécation, mais il serait pourtant fallacieux d'évoquer une langue apaisée, tant celle que déploie Héroïnes est comme l'eau lourde, calme aux yeux de qui survole les pages sans y plonger, potentiellement explosive en vérité.
Jeune homme né en Suisse romande dans une famille rongée par la nostalgie du Sud-Vietnam, éduqué en français pour devenir un Helvète digne de ce nom, V. refusait jusqu'alors de questionner ses origines et sa double appartenance. Voilà pourtant qu'il est tombé en arrêt devant la photographie d'une chanteuse de variétés à la réputation de femme fatale qui fut une star à Saïgon avant d'animer les soirées des exilés imbibés de nostalgie en Californie, puis à Paris. Désireux de démêler le sortilège de cette image d'une diva sulfureuse dont le nom lui est familier depuis l'enfance, il entre en contact avec la photographe, jamais nommée autrement que « la correspondante ». De quelques années plus âgée, cette dernière distille ses informations depuis Paris, et fait bientôt entrer en scène une autre figure de la diaspora vietnamienne : dans le XIIIe arrondissement de Paris, la star déchue compte en effet parmi ses voisines d'immeuble une ancienne combattante anti-impérialiste. « La maquisarde », ainsi qu'on la surnomme dans le quartier, n'a cessé de dénoncer à coups de samizdats les dérives de ses anciens compagnons de lutte une fois au pouvoir, et continue de le faire en exil.
Épousant les mouvements de séduction ou de dépit des deux correspondants autant que leur enquête, le livre ne reproduit pourtant aucune de leurs lettres, même s'il joue parfois de l'italique pour citer quelques stéréotypes érigés en vérité par la famille réactionnaire de V. Sur le mode de la fugue, le roman croise les destins comme on croiserait le fer, emportant le lecteur dans un rythme entêtant qui se révèle d'autant plus hypnotique que sa gageure principale est de donner corps aux fantômes qui hantent à leur insu ces enfants du déracinement. La clé du livre est en effet à chercher dans l'une des plus fameuses lettres de Kafka à Milena, discrètement citée : Kafka y affirme qu'écrire des lettres c'est toujours « se mettre nu devant les fantômes ; ils attendent ce moment avidement », car ils s'en nourrissent. Ils s'en repaissent, en l'occurrence : la chanteuse cherchant la lumière en traînant ses zones d'ombre et la « maquisarde » continuant dans l'ombre à mettre en lumière les trahisons du pouvoir vietnamien hantent bientôt les jours comme les nuits de V. Ces héroïnes fantomatiques en acquièrent la puissance de provoquer un état de manque.
Le jeu avec la notion de correspondance ne s'arrête pas aux portes du roman, et le lecteur peut le mesurer dans le recueil d'essais qui paraît conjointement, Chercheurs d'ombres. Rassemblant des études inédites sur d'illustres passants qui ont préféré l'ombre à la lumière ou privilégié le retrait, le recueil se révèle une véritable caisse de résonance du roman, tout en évoquant aussi bien Bruno Schulz que Rainer Maria Rilke ou quelques auteurs méconnus comme Roland Cailleux, que l'on s'empressera d'ailleurs de lire, tant la ferveur de Linda Lê sait se faire contagieuse. On y retrouve évidemment la lettre sur les fantômes de Kafka, lui qui aura incarné « de façon absolue » l'exil intérieur et « nous conseillait, dans notre combat contre le monde, de seconder le monde. » Ou de captiver les fantômes de l'Histoire, peut-être, plutôt que de les laisser mener la danse à notre insu.

Gladys Marivat / Lire - octobre 2017

À travers un roman et un essai, l'auteure de la fameuse Lettre morte continue d'explorer les zones sombres de notre humanité. [...]
L'exil, le Viêtnam, l'amour de la littérature et le questionnement des origines : on n'a pas fini de tisser les liens entre Héroïnes et la vingtaine de livres qui composent l'œuvre de Linda Lê. [...]
Héroïnes au pluriel. Car, partie de la célèbre chanteuse vietnamienne, l'étrange enquête de V. et de sa correspondante s'élargit à une combattante qui a lutté aux côtés des communistes avant de se retourner contre eux. [...] À travers ces deux femmes, décrites comme une Antigone et une Lilith, Linda Lê explore l'histoire de la guerre du Viêtnam et ses répliques contemporaines dans la vie des exilés.

Veneranda Paladino / Les Dernières Nouvelles d'Alsace - octobre 2017

Héroïnes met en scène trois femmes qui incarnent le Vietnam en exil. Ce sont les trois héroïnes d'un roman que se racontent un étudiant amoureux de la littérature de Kafka et une photographe, tous deux des Vietnamiens nés en Europe (lui en Suisse romande, elle en France), tous deux engagés dans une correspondance sans s'être jamais rencontrés.

Estelle Lenartowicz / L'Express - octobre 2017

Discrète dans les médias, Linda Lê continue de creuser un important sillon dans le terreau des lettres françaises. En silence, elle construit une œuvre exigeante, délicate et lucide, marquée par les thèmes de l'exil, de la langue et de la filiation. Ici, la vie de ses héroïnes nous parvient à travers le filtre d'une correspondance entretenue par un ancien étudiant en littérature et une jeune photographe. Nés en Europe et d'origine vietnamienne, tous deux sont fascinés par le destin tragique d'une flamboyante chanteuse exilée aux États-Unis après la chute de Saigon. [...] Porté par une langue magnifique, l'ensemble est beau, puissant, imposant.

Chercheurs d'ombres

Véronique Bergen / Art Press - décembre 2017

Un roman et un essai de Linda Lê soulignent que, pour l'auteure d'origine vietnamienne, l'écriture est un dialogue avec les fantômes. [...]
Linda Lê appartient à cette confrérie d'auteurs qui font du verbe l'instrument d'exploration des vertiges de la vie. [...] Avec Héroïnes, l'auteure nous entraîne dans une éblouissante traversée du rêve traduite dans une architecture tout en palimpsestes. [...]
Ces deux ouvrages incandescents frappent de leur bâton de pèlerin des lointains la source des mots, la source de la vie. L'écriture comme sentinelle de l'existence, dialogue avec les fantômes, traversée des râles de l'histoire officielle ou mythique.

 

Bertrand Leclair / Le Monde des livres - novembre 2017

La chute de Saïgon en 1975, une histoire d'exil et de doubles maudits qui entraîne ses personnages aux lisières de la bouche d'ombre aux vérités vénéneuses, ou encore le calme oppressant de la Suisse : le nouveau roman de Linda Lê travaille des ingrédients familiers à ses lecteurs. Pourtant, créant une distance nouvelle avec ses thèmes de prédilection en racontant la correspondance de deux jeunes gens d'origine vietnamienne nés en Europe après la guerre, alors qu'elle-même est arrivée en France à 14 ans, en 1977, Linda Lê donne avec Héroïnes un roman d'une facture inédite et le sentiment que s'y parachève une mue entamée depuis plusieurs années.
Le récit déploie ses spirales envoûtantes sur un mode désormais éloigné des livres emportés sinon enragés que furent Les Trois Parques ou Voix (Christian Bourgois, 1997 et 1998), livre inoubliable où les mots les plus forts faisaient trembler les lignes et claquer les pages. Le temps n'est plus à l'imprécation, mais il serait pourtant fallacieux d'évoquer une langue apaisée, tant celle que déploie Héroïnes est comme l'eau lourde, calme aux yeux de qui survole les pages sans y plonger, potentiellement explosive en vérité.
Jeune homme né en Suisse romande dans une famille rongée par la nostalgie du Sud-Vietnam, éduqué en français pour devenir un Helvète digne de ce nom, V. refusait jusqu'alors de questionner ses origines et sa double appartenance. Voilà pourtant qu'il est tombé en arrêt devant la photographie d'une chanteuse de variétés à la réputation de femme fatale qui fut une star à Saïgon avant d'animer les soirées des exilés imbibés de nostalgie en Californie, puis à Paris. Désireux de démêler le sortilège de cette image d'une diva sulfureuse dont le nom lui est familier depuis l'enfance, il entre en contact avec la photographe, jamais nommée autrement que « la correspondante ». De quelques années plus âgée, cette dernière distille ses informations depuis Paris, et fait bientôt entrer en scène une autre figure de la diaspora vietnamienne : dans le XIIIe arrondissement de Paris, la star déchue compte en effet parmi ses voisines d'immeuble une ancienne combattante anti-impérialiste. « La maquisarde », ainsi qu'on la surnomme dans le quartier, n'a cessé de dénoncer à coups de samizdats les dérives de ses anciens compagnons de lutte une fois au pouvoir, et continue de le faire en exil.
Épousant les mouvements de séduction ou de dépit des deux correspondants autant que leur enquête, le livre ne reproduit pourtant aucune de leurs lettres, même s'il joue parfois de l'italique pour citer quelques stéréotypes érigés en vérité par la famille réactionnaire de V. Sur le mode de la fugue, le roman croise les destins comme on croiserait le fer, emportant le lecteur dans un rythme entêtant qui se révèle d'autant plus hypnotique que sa gageure principale est de donner corps aux fantômes qui hantent à leur insu ces enfants du déracinement. La clé du livre est en effet à chercher dans l'une des plus fameuses lettres de Kafka à Milena, discrètement citée : Kafka y affirme qu'écrire des lettres c'est toujours « se mettre nu devant les fantômes ; ils attendent ce moment avidement », car ils s'en nourrissent. Ils s'en repaissent, en l'occurrence : la chanteuse cherchant la lumière en traînant ses zones d'ombre et la « maquisarde » continuant dans l'ombre à mettre en lumière les trahisons du pouvoir vietnamien hantent bientôt les jours comme les nuits de V. Ces héroïnes fantomatiques en acquièrent la puissance de provoquer un état de manque.
Le jeu avec la notion de correspondance ne s'arrête pas aux portes du roman, et le lecteur peut le mesurer dans le recueil d'essais qui paraît conjointement, Chercheurs d'ombres. Rassemblant des études inédites sur d'illustres passants qui ont préféré l'ombre à la lumière ou privilégié le retrait, le recueil se révèle une véritable caisse de résonance du roman, tout en évoquant aussi bien Bruno Schulz que Rainer Maria Rilke ou quelques auteurs méconnus comme Roland Cailleux, que l'on s'empressera d'ailleurs de lire, tant la ferveur de Linda Lê sait se faire contagieuse. On y retrouve évidemment la lettre sur les fantômes de Kafka, lui qui aura incarné « de façon absolue » l'exil intérieur et « nous conseillait, dans notre combat contre le monde, de seconder le monde. » Ou de captiver les fantômes de l'Histoire, peut-être, plutôt que de les laisser mener la danse à notre insu.

Hugo Pradelle / En attendant Nadeau - novembre 2017

Les brefs essais que Linda Lê consacre à ceux qu'elle appelle des « chercheurs d'ombres » sont autant de manières d'écrire, de lire, de vivre différemment. À les lire, on gagne une certaine lucidité sereine face à l'angoisse créatrice.
Linda Lê parle de livres, d'écrivains, d'idées, comme personne d'autre. Ni prise dans l'exclusivité d'un sujet, ni diluée dans le thématisme, son œuvre critique obéit à un mouvement constellaire. [...] En choisissant des livres qu'elle conçoit, à l'instar de Cristina Campo, comme « des îles solitaires, des présences cachées au monde mais habitées par des "forces de révolte" », Linda Lê affirme la force de la littérature [...]. En lisant « des livres faits pour nous troubler, car ceux-là seuls nous raffermissent », on gagne une part de vie, profondément.

Gladys Marivat / Lire - octobre 2017

Dans cet hommage à des artistes (Rainer Maria Rilke, Bruno Schulz, Emile Cioran) qui puisent leur inspiration dans les zones obscures, Linda Lê démontre, une fois encore, qu'elle croit comme Marina Tsvetaïeva, au « cercle enchanté de la solitude » et qu'il faut aller « au fond de l'inconnu pour trouver du nouveau ».

Antoine Mouton

Imitation de la vie

Alice Archimbaud / Transfuge - décembre 2017

Imitation de la vie commence comme une piquante comédie de mœurs, semée de chausses-trappes et de malentendus. Deux thérapeutes, Camille Mélondas et Paul Renard, croient se rendre à un très sérieux congrès de psychanalyse, et se retrouvent coincés dans un traquenard pour comportementalistes new age. [...]
Chez Mouton, le récit est un piège à triple ou quadruple fond. L'infinie mélancolie du texte se teinte d'une drôlerie folle, le roman de la désillusion amoureuse se charge d'une lumineuse apologie de l'amitié, tandis que la fable dynamite le document biographique, avant de se dissoudre dans un sfumato incertain, où l'absence est peut-être la condition première d'un geste révolutionnaire, celui qui refuse la vie telle qu'elle est. Virtuose interrogation de la dimension mimétique de la littérature, Imitation de la vie peint un monde au bord de l'effondrement, où, à défaut du suicide ou de la folie, la fiction vient à la rescousse, comme une déformation rêveuse de la vie : car « la caricature est la dernière cohérence avant l'éclatement ».

 

Sarah Perry

Le Serpent de l'Essex

Serge Bressan / Le Quotidien du Luxembourg - janvier 2018

On quitte Londres pour filer à l'est de l'Angleterre, dans le comté de l'Essex. On y croise Cora Seaborne. Elle est jeune, veuve et passionnée de paléontologie. Elle s'installe à Aldwinter, dans l'Essex, avec son fils Francis et sa nourrice Martha. Elle y fait la connaissance du pasteur William Ransome et de sa famille. Elle entend la rumeur qui passionne le comté : un monstre marin ressemblant vaguement à un dragon, vu deux siècles plus tôt et baptisé le Serpent de l'Essex serait réapparu dans l'estuaire du Blackwater... Dans son deuxième livre - roman de l'année aux British Book Awards 2017 -, la Britannique Sarah Perry raconte l'amour, l'amitié et aussi, à travers la relation de Cora et du pasteur, l'affrontement d'un homme de Dieu et d'une femme de science. Un beau, grand et bon roman victorien !

Julien Coquet / toutelaculture.com - janvier 2018

Il est un monde étrange qui ne demande qu'à être découvert, un monde où la science côtoie les croyances populaires et où le désenchantement du monde n'a pas encore profondément changé nos convictions. C'est en Angleterre, à la fin du XIXème siècle, que nous nous trouvons. Cora Seaborne, jeune veuve et toute nouvelle passionnée de paléontologie, se retire avec son fils Francis et son amie Martha dans l'Essex, un comté proche de Londres.

C'est cependant une région secouée par l'émoi qui accueille ceux qui cherchent le calme et la distraction. Les villageois racontent qu'un tremblement de terre a libéré un monstre préalablement enfoui : le Serpent de l'Essex, vieux de deux siècles, est accusé de tuer les animaux domestiques, d'enlever des hommes ou encore de provoquer des hallucinations collectives. Dans le cadre de ses recherches et intriguée par ce mystère, Cora décide d'héberger chez la famille de William Ransome, un pasteur d'un petit village. Alors que les manifestations du soi-disant monstre sont de plus en plus fréquentes, une idylle se noue entre Cora et William.

C'est un roman victorien d'une grande classe que nous propose là Sarah Perry [...], le style riche et imagé conduit une histoire où le surnaturel ne sert que de toile de fond pour mener une réflexion approfondie sur l'amour, la force de la croyance, la véritable portée des sciences ou encore les questions sociales.

 

Virginie Neufville / BLOG Fragments de lecture - janvier 2018

Au-delà de la légende somme toute conventionnelle du Serpent de l'Essex, le roman repose essentiellement sur le portrait de Cora, femme épanouie et libérée des carcans sociaux, assumant non seulement son apparence négligée et si follement attirant, et son jeu mi-naïf mi-calculé avec les hommes pour obtenir ce qu'elle souhaite. Parce qu'elle a décidé d'accorder sa confiance à la science, elle a renié depuis longtemps sa foi et cette dernière ne peut en aucun cas constituer un obstacle à ses recherches.

Alexia Kalantzis / La Petite Revue - janvier 2018

Dans ce riche roman, Sarah Perry dessine des personnages complexes et attachants, multipliant les points de vue. Chaque personnage croit en son propre Dieu : la science pour Cora et Luke, le socialisme pour Martha, la religion pour William. Ils sont loin cependant de toute caricature : avec une grande subtilité, l'auteur joue sur les liens qui se tissent entre eux. Amitié et amour se confondent dans des relations complexes où la psychologie est très finement décrite.
Le Serpent de l'Essex est aussi un roman de l'ambivalence : celle d'une époque où les progrès sociaux et scientifiques côtoient les croyances populaires, et qui se reflètent dans le double sens des symboles (le serpent monstrueux, qui est aussi le symbole d'Esculape, dieu de la guérison), des mots, ou des références qui mêlent Histoire, littérature noble et populaire, et religion.

 

Julie Coutu / BLOG Julie à mi mots - janvier 2018

Ambiance neo-victorienne, progressiste, sociale et féministe, avec en plus un vrai gros monstre marin, entre serpent et dragon, une somptueuse couverture - celle de l'édition anglaise, conservée pour la version française -, une jolie femme fraîchement veuve absolument non éplorée, un pasteur plutôt bel homme à la foi chevillée au corps, et la campagne de l'Essex, aussi mystérieuse que typiquement anglaise, traversée par les eaux du Blackwater. [...] Le Serpent de l'Essex est à la fois un formidable page-turner, une mésaventure en entraînant une autre, et un joli fourre-tout revisité des idées progressistes de cette fin 19ème , empli d'espérance et de foi en l'avenir, de belles idées et d'aspiration au meilleur. Sur fond d'éternel débat science vs religieux, porté par la résurgence d'anciens démons et mythes, Sarah Perry questionne croyances et foi, science et humanité. Son monstre protéiforme n'est jamais que le moyen de placer tout un chacun face à lui-même.
Un roman [...] écrit avec ce qu'il faut de finesse pour un vrai bon moment de lecture.

Emily Costecalde / Café Powell - janvier 2018

Voilà un roman intéressant, qui brosse le portrait réussi d'une femme qui découvre sa liberté d'action et de penser, d'un homme qui voit ses certitudes s'ébranler, et d'une époque en mouvement. On pourrait également évoquer la pléiade de personnages secondaires, tous intéressants : le docteur Garrett, qui se meurt d'amour pour Cora, et se jette à corps perdu dans son ambition professionnelle, Martha, à la conscience sociale aiguë, absolument fascinée par Cora, ou encore Francis, le fils si déroutant de Cora... [...] Nous terminerons simplement en vous conseillant bien vivement la lecture !

Libairie Mollat - janvier 2018

Drôle, brillant, inquiétant, nous avons le plaisir de vous annoncer que l'un des événements de la rentrée sera le génial Serpent de l'Essex de Sarah Perry (trad. Christine Laferrière).

BLOG Tombée du ciel - janvier 2018

Son roman est charmant, intelligent et comme je l'ai lu « irrésistible » [...] On s'y amuse beaucoup mais on réfléchit également à sa condition et aux avancées scientifiques. J'ai pris beaucoup de plaisir à lire ce roman.

 

Susan Sontag

Débriefing

Estelle Lenartowicz / L'Express - novembre 2017

La lecture de ce recueil permet de mesurer l'ampleur et la variété des talents littéraires de l'Américaine Susan Sontag (1933-2004), plus connue pour ses romans et ses écrits sur la photographie. Avec une flagrante virtuosité intellectuelle, l'essayiste et romancière tente ici des choses toujours plus neuves et modernes, bâtissant en quelques pages des objets référentiels à l'ossature nette, saillante, singulièrement originales. Car par leur force imaginative, chacune de ces nouvelles frappe et intrigue. [...]
Le style est élégant et l'humour, souvent noir. Malicieuse et abstraite (parfois un peu trop), Susan Sontag prend le pouls d'une Amérique secouée par le trauma de la guerre, la terreur idéologique et les violences raciales. En lame de fond, une dissection de ses propres fantômes que sont le deuil, la maladie et le chagrin, baignant tout entiers dans un lucide sentiment de l'absurde.

Nelly Kaprièlian et Yann Perreau / Inrockuptibles - novembre 2017

Une biographie et un recueil de nouvelles inédit rappellent à quel point Susan Sontag fut une intellectuelle et une auteure majeure. Contre les normes et les identités fixes.

Pour commencer sa biographie, Béatrice Mousli évoque ce 28 décembre 2004, jour où, tandis que le monde a les yeux fixés sur le tsunami qui dévaste le littoral de l'océan Indien, « une écrivaine de 71 ans se meurt d'un cancer dans une chambre d'un hôpital de New York ». Avec Susan Sontag, l'Amérique perd celle qui fut peut-être l'intellectuelle la plus influente de la seconde moitié du XXe siècle. Une auteure qui bouleversa nos perceptions de l'image (Sur la photographie), de la littérature (Contre l'interprétation), de la guerre ou de la maladie.
De Sontag, on connaît la femme sans tabou, bisexuelle, divorcée à 25 ans afin de vivre pleinement sa vie à Paris, Chicago, New York. On a en tête ces clichés en noir et blanc qui l'immortalisèrent, pris par sa dernière compagne, Annie Leibovitz. Celle d'une personne qui, atteinte d'un cancer incurable, se sait condamnée. Et qui retourne la situation sur elle-même, faisant de l'atroce sa source d'inspiration. Ce sera son immense essai La Maladie comme métaphore. La façon dont elle y dénonce les métaphores sibyllines sur la maladie pour nommer les choses, d'une façon clinique, sans pudeur ni retenue, est désormais appliquée par de nombreux praticiens.
« On peut se référer à l'œuvre pour interpréter la vie. On ne saurait se référer à la vie pour interpréter l'œuvre », écrit Susan Sontag dans Sous le signe de Saturne. C'est le parti que prend Béatrice Mousli, auteure déjà d'un Valery Larbaud. Cette professeure à l'université de Californie du Sud, où résident les archives de Sontag, a eu accès aux textes les plus personnels, articles, notes, lettres. C'est en étudiant avec rigueur et vigilance les mots même de l'écrivaine qu'elle dresse son portrait.
Le portrait d'une femme d'idées mais aussi et surtout d'action, qui s'engagea contre la guerre au Vietnam et fut arrêtée pour cela, dénonça les massacres en Bosnie quand le monde entier préférait encore fermer les yeux. Une écrivaine qui se définissait parfois comme metteur en scène ou romancière, sous-estimée toutefois pour son œuvre de fiction, comme c'est souvent le cas pour les intellectuels.
A la question « qui êtes-vous ? », Sontag répondait : « Je suis une nomade qui se plaît dans la découverte des choses, dans les rencontres, les échanges. Je ne me sens pas américaine en Amérique, mais je ne le suis jamais autant qu'à l'étranger. Tout m'intéresse et rien ne me préoccupe autant que d'être juste, toujours. Je suis attirée par les chemins du cœur les plus tortueux. Et j'aime les décrire de toutes les manières. »
C'est d'ailleurs ce qu'elle fait dans les dix nouvelles écrites pour la presse, réunies dans le recueil (inédit), Débriefing, qui sort ces jours-ci. Sa manière privilégiée pour dire les chemins du cœur les plus tortueux est l'humour : un humour noir, grinçant, qui va souvent de pair avec un certain sens du fantastique pour exprimer toute l'absurdité de l'existence, de l'identité, contrer toute injonction sociale à occuper sa place, transgresser les conventions et les normes.
Dans Mannequin, un homme commande un androïde à ses traits pour vivre à sa place : aller non seulement travailler, mais vivre avec sa femme et ses enfants. Le mannequin tombera amoureux de sa secrétaire, au point de vouloir quitter l'épouse ; il faudra dès lors au narrateur se commander un second mannequin pour que le premier puisse s'en aller avec sa maîtresse tout en étant remplacé. Chacun des mannequins réussira une vie de famille exemplaire et une carrière intéressante pendant que l'homme végète, mal rasé et sale - qui est le plus humain ? A moins qu'ici Sontag ne s'attaque à la « vie normale », celle d'employé de bureau et de chef de famille, qui pourrait tout aussi bien être menée par des robots...
La nouvelle la plus belle, la plus émouvante, est la toute première, Pèlerinage :une gamine de 14 ans, petite intellectuelle en herbe, mal à l'aise dans son milieu et incomprise par ses parents, tombe amoureuse du roman de Thomas Mann, La Montagne magique. C'est alors qu'un de ses amis, adolescent lui aussi, découvre que Mann vit toujours en Californie où il s'est réfugié pour fuir le nazisme, et lui téléphone : Katia Mann les invitera à prendre le thé. Et voici nos deux gamins empêtrés dans leur timidité dans le bureau du Maître, gentil et guindé, qui les enchantera autant qu'il les décevra : « L'homme que j'avais devant moi ne prononçait que des phrases sentencieuses quoiqu'il fût l'auteur des romans de Thomas Mann. »
Sontag explore avec une finesse rare l'écart entre l'artiste et l'humain, les paradoxes de l'adolescence. On regrette presque que cette seule nouvelle ne soit pas devenue un roman : celui-ci aurait pu rivaliser, haut la main, avec Ne tirez pas sur l'oiseau moqueur de Harper Lee.

 

Martin Suter

Eléphant

Pierre Maury / Le Soir - janvier 2018

L'écrivain suisse Martin Suter, qu'on connaît pour son personnage récurrent Allmen, utilise les connaissances les plus pointues des manipulations génétiques pour donner de solides bases à son roman, Éléphant. Les remerciements, en fin de volume, disent sa dette à quelques chercheurs. Il ne s'en contente pas. Et, à la manière d'un alchimiste du vivant, il fait se croiser deux mondes qui n'auraient pas dû se rencontrer. [...] Les péripéties par lesquelles le roman passe sont à la hauteur d'un thriller de la meilleure facture. Il s'y ajoute, pour notre plus grand bonheur, quelques interrogations fondamentales sur notre monde et ce que nous voudrions en faire.

 

Anne Kiesel / Ouest-France - novembre 2017

C'est une histoire joliment ficelée, qui commence dans les vapeurs d'alcool : un SDF habite dans une grotte, et y découvre un éléphant rose. Tout petit, comme un jouet d'enfant. Lumineux, et... vivant. Quelle est cette hallucination ? Martin Suter emporte son lecteur, au rythme de courts chapitres nerveux, dans une intrigue autour de manipulations génétiques. C'est magnifiquement documenté. Ah, l'épisode de recueil du sperme d'un éléphant, donneur régulier... On est dans l'action, avec toute sa démesure. Un vrai polar, plaisant à lire et bien traduit par Olivier Mannoni.

Plume au vent / Société de Lecture - novembre 2017

Un roman bien ficelé où Martin Suter épingle les excès de la manipulation génétique pratiquée « pour produire un objet sensationnel et, si possible, en tirer fortune. » Fidèle à sa ligne d'enquêteur dans l'analyse des sujets inhérents à notre société contemporaine, l'auteur helvète réussit un tour de force dans la juxtaposition de mondes opposés qui, pourtant, évoluent en parallèle dans nos cités : celui des sans-abris, celui des scientifiques spécialisés dans la recherche génétique, celui de l'industrie et, finalement, celui, plus ludique, du cirque. Martin Suter ne laisse aucun détail entre les mains du hasard. Son enquête fouillée, dans les domaines cités, est parfaitement documentée. Son propos tire la sonnette d'alarme face à la multiplication des banques de données génétiques, ce qui, aux yeux de l'auteur, « ouvrirait grand les portes à un nouveau mode de discrimination, toujours plus fine et plus ciblée que celle que connaissait déjà l'humanité. » Il souligne les avantages qu'apporte la possibilité de déchiffrer le génome et de le modifier : d'une part « mettre hors service les fonctions génétiques qui déclenchent certaines maladies » - comme l'Alzheimer, qui fut abordé dans Small World (LHB 1028) - mais de l'autre, « transformer le génome des plantes, des animaux et des hommes. On pouvait les designer. » Cette prophétie alarmante sera toutefois éclipsée par la trame attendrissante autour de laquelle s'articule ce roman plein d'humanité.

Astrid Éliard / Le Figaro littéraire - octobre 2017

Il y a quelque chose de jouissif dans le parti pris, très premier degré, de Martin Suter. Si Éléphant est une fable contre les OGM et les effets pervers de la mondialisation, la leçon de morale laisse la première place au divertissement et à l'aventure, menée tambour battant. [...] C'est ce qui est si savoureux dans ce livre, on balance en permanence entre la caricature cocasse et le documentaire.

John Ronald Reuel Tolkien

Beren et Lúthien

Lloyd Chéry / Le Point Pop - décembre 2017

Beren et Lúthien de J.R.R. Tolkien fait partie de la sélection des 9 livres de science-fiction, fantasy et jeunesse à offrir à Noël selon le magazine Le Point Pop.

« Grâce à l'extraordinaire travail de Christopher Tolkien (le fils de J. R. R.), les aficionados du père de la fantasy moderne peuvent explorer encore davantage la Terre du milieu. Ce recueil posthume illustré par Alan Lee rassemble les différentes versions du conte de Beren et Lúthien, histoire d'amour merveilleuse entre un mortel et une immortelle. Outre la beauté du récit et le plaisir de retrouver la plume à nulle autre pareille de Tolkien, l'œuvre présente un intérêt éditorial assez unique, celui de pouvoir observer l'évolution et la maturation d'une idée au fil des décennies. Un must have pour les fans. »

 

Sophie Bourdais / Télérama - décembre 2017

Mythe puissant que le destin de Beren et Lúthien, aux origines a priori inconciliables (lui né chez les hommes, elle chez les elfes), mais réunis, au-delà de leur coup de foudre, par leur vaillance et leur générosité. Mythe fondateur pour leur créateur, John Ronald Reuel Tolkien (1892-1973), qui a placé cette histoire d'amour au centre de ses livres-mondes. Outre la version « officielle » donnée dans Le Silmarillion, plusieurs moutures ont ressurgi dans les textes ressuscités et édités, au fil des années, par Christopher Tolkien, troisième fils et exécuteur testamentaire de l'écrivain. Le tolkienolâtre assidu ne fera donc ici aucune découverte. Mais le tolkienophile basique, lui, se délectera d'un work in progress à base de récits et de poèmes écrits sur plusieurs décennies, et dont la collation dans un seul volume, avec le commentaire de Christopher Tolkien, fait apparaître une matière narrative vivante, en constante transformation. On y apprend (ou l'on s'y souvient) que Beren fut un elfe avant de devenir un homme, que Lúthien n'eut pas toujours la possibilité, tel un alias féminin d'Orphée, de ramener Beren d'entre les morts, et que Sauron, incarnation du mal dans Le Seigneur des anneaux, fut jadis un esprit démoniaque incarné par le cruel chat Tevildo...
À ceux qui se plaignent du prétendu sexisme de Tolkien : ici le héros est une héroïne, qui n'attend pas en se tordant les mains que son amoureux revienne d'une quête impossible, mais l'accompagne et lui porte secours. Comment s'en étonner ? Le modèle de Lúthien, d'abord connue en tant que Tinúviel, n'est autre qu'Edith, l'épouse de Tolkien. Quand elle mourut, en 1971, il demanda à ce que ce prénom elfique soit inscrit sur sa tombe. Après son décès, ses enfants rajoutèrent celui de Beren à côté de Lúthien.

Marie Michaud / PAGE des libraires - décembre 2017

Il y a très longtemps, au Premier Âge, Beren et Lúthien s'aimèrent. Mais, pour prétendre à cet amour, Beren dut réussir là où les plus grandes armées avaient échoué et pénétrer dans la forteresse de l'ennemi pour lui voler un des Silmarils. Cette histoire d'amour, a priori impossible entre un mortel et une elfe, qui relève autant des chansons de geste épique que du roman d'amour courtois, J. R. R. Tolkien l'avait imaginée très tôt comme « un maillon essentiel du cycle » narratif dont la partie émergée reste, pour le grand public, Le Seigneur des Anneaux. Evoluant au fil du temps et de ses évocations, c'est ce parcours qu'a voulu reconstituer Christopher Tolkien, des origines en prose dans Le Livre des contes perdus à sa forme versifiée dans les Lais du Beleriand en passant bien sûr par le Silmarillion. J. R. R. Tolkien lui-même affirmait que ce roman « héroïque et féerique [est] accessible même avec une très vague connaissance générale du contexte ». Alors que vous soyez fan ou néophyte, laissez-vous emporter par l'« histoire [...] belle et puissante » de Beren et Lúthien.