+ L'Abécédaire d'un pianiste - Alfred Brendel
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Alfred Brendel L'Abécédaire d'un pianiste

"L'Abécédaired 'un pianiste" de Alfred Brendel,
traduit de l'allemand par Olivier Mannoni.

SCHUBERT Créateur de tout un univers du lied pour voix et piano. Contributions grandioses dans les domaines de la musique de chambre et de la symphonie. Grand maître de la musique pour piano à quatre mains.

Schubert est peut-être le phénomène le plus étonnant de l’histoire de la musique. L’abondance de ce qu’il a accompli dans une vie de trente et une années seulement  échappe à toute comparaison.

J’aimerais aussi citer ici, d’emblée, ses œuvres pour piano à deux mains. À l’exception des Impromptus et des Moments musicaux, la majorité d’entre eux a longtemps été négligée. Les œuvres des années 1822–1828, c’est-à-dire depuis la Wandererfantasie jusqu’à la Sonate en si bémol mineur, méritent pourtant les plus grands honneurs. La nature dramatique de leurs développements suffirait – à elle seule – à démentir l’idée que Schubert ait été un pur lyrique. La Wandererfantasie transforme le piano à queue en orchestre de façon beaucoup plus drastique qu’on ne l’a jamais fait auparavant. Qu’un compositeur n’étant pas lui-même un virtuose du piano, ait eu un tel instinct pour les possibilités nouvelles, et même futures, du son et de l’écriture pianistiques, voilà qui touche au miracle. Les sonates ultérieures sont elles aussi de conception orchestrale, et c’est dans cet esprit qu’il faudrait les faire résonner, à l’exception peut-être des trois dernières qui se rapprochent plutôt du quintette à cordes.

Le style pianistique de Scubert démentit l’opinion selon laquelle il n’a rien ajouté de nouveau à la composition pour piano. Il a une aura pianistique très personnelle – qui ne peut toutefois agir de façon efficace  que si la pédale est utilisée à bon escient. La manière qu’a Schubert de noter les œuvres pour piano est souvent prise de manière trop littérale, et donc mal comprise.

TOUX Un jour, à Chicago, pendant un morceau très doux, j’ai arrêté de jouer et j’ai dit au public : « I can hear you, but you can’t hear me. » Ensuite, personne n’a plus toussé. Avez-vous déjà remarqué que dans une bonne salle, on entend la musique aussi bien d’à peu près partout, sauf évidemment si l’on est assis juste devant le trombone ? On peut en dire autant pour ce qui concerne la toux, les éternuements, les raclements de gorge, les froissements de papier ou les bredouillements. Si vous devez vraiment tousser, faites-le je vous prie lors des passages doux ou pendant les pauses générales. Vous serez assuré de remporter la médaille du « Tousse-donc-là ».

PS : lors des morceaux comiques, on a le droit de rire.