+ La Modestie - Enrique Vila-Matas
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Enrique Vila-Matas La Modestie

"La Modestie" de Enrique Vila-Matas,
traduit de l'espagnol par André Gabastou.

La modestie

Il y a très longtemps que je joue les espions occasionnels dans l'autobus de la ligne 24 qui, à Barcelone, remonte la rue Mayor de Gracia. J'ai chez moi un dossier de gestes, de phrases et de conversations entendues au fil du temps sur cette ligne d'autobus et je crois même pouvoir écrire un roman aussi infini que celui que Joe Gould voulait faire sur New York, car j'ai dérobé et consigné toutes sortes de phrases isolées, de conversations étranges, de situations extravagantes.
Un délinquant, certes modeste, semble, ces derniers temps, s'être épris de cette ligne d'autobus. Bien connu de certains passagers, il est surnommé le voleur du 24. Dès qu'il monte dans l'autobus, les passagers qui le connaissent mettent les naïfs en garde à grands cris : « Attention, attention, le voleur du 24 est monté ! »
La scène, toujours émouvante, a quelque chose de grandiose, voire d'épique et de populaire, elle me rappelle, toutes différences mises à part, un film que j'ai vu enfant, dans lequel les gens des bas quartiers se mobilisaient pour traquer un assassin de petites filles. Le voleur du 24 a déjà été arrêté à peu près cinq cents fois, mais il recouvre toujours sa liberté et retourne dans cet autobus où il est très célèbre. Ni une autre ligne ni un autre autobus ne semblent l'intéresser. Il doit être ravi - comme moi - de se sentir un habitué de cette ligne ou alors il adore simplement se répéter... Il me ressemble un peu : nous volons tous les deux dans cette ligne d'autobus. Lui vole, il est vrai, des portefeuilles tandis que, moi, je me contente de capturer des phrases, des visages, des gestes...
J'ai rassemblé dans mon dossier toutes sortes de phrases entendues au fil du temps dans cet autobus qui me ramène, depuis des années, du travail à la maison et vice versa. Certaines phrases sont, bien sûr, de meilleurs trophées de chasse que d'autres. Telle celle entendue, un jour, dire par une femme assise derrière moi au fond de l'autobus : « Je me souviens de l'anglais et du français, mais j'ai complètement oublié le swahili. » Une phrase, à mon avis, très sophistiquée pour la ligne 24. Me retournant, je me suis aperçu qu'il s'agissait de deux religieuses. Elles avaient dû vivre en Afrique, ce qui expliquait tout, mais je continue à trouver la phrase assez sophistiquée.
Une autre fois, également mémorable, un jeune homme a dit tout à coup à un autre, au moment de descendre, d'une voix très haute et très irritée que tout l'autobus a entendue : « Que ce soit la dernière fois que je te le répète : ma mère est ma mère. Et ta mère est ta mère. C'est clair ? Compris ? » Il y avait apparemment un très grave problème entre eux et j'ai eu envie de descendre avec eux pour connaître la nature du drame.
Parmi les multiples phrases entendues et notées, je me souviens tout particulièrement de : « Je lui ai offert des magnolias et elle me l'a jamais pardonné. » Et de cette autre : « La félicité est dans le martyre. » Ainsi que de celle-ci : « Si tu gagnes de l'argent avant l'âge de quarante ans, tu es perdu. »
Elles sont toutes notées, avec la date correspondante. J'ai un dossier grandiose, qui croule, sur le monde de l'autobus de la ligne 24.
Un jour, j'ai entendu une femme raconter à son mari que la Lune n'est pas ce que l'on croit : « Ce n'est pas un satellite naturel de la Terre, mais un immense astéroïde creux, dessiné par une civilisation techniquement très avancée et mis en orbite autour de la Terre il y a des siècles et des siècles. » J'ai tout noté soigneusement, ainsi que ce qu'a rétorqué le mari qui avait un visage d'idiot (ce que j'ai aussi noté, je veux dire la tête d'imbécile) : « La Lune, c'est la Lune, un point c'est tout ! »
Jolie phrase que celle de l'idiot, je la répète parfois, j'aime la dire :
« La Lune, c'est la Lune, un point c'est tout ! »
Personne ne sait pourquoi je dis cette phrase, personne ne sait que je l'ai entendue dans l'autobus. La vie dans le 24 fait partie de mes archives les plus intimes. J'ai toujours eu l'impression que ce qui se passait sur cette ligne me concernait directement.
Mes archives - comme ma vie - se sont agrandies et complexifiées. Ce qui n'a rien d'étrange, parce qu'il y a toujours eu dans les deux domaines - l'autobus et la vie - beaucoup de choses à noter. Tant de gestes, de personnes, de phrases... Cependant, il y a une semaine, je me concentrais sur mes pensées et je n'épiais rien du tout. Depuis bien des jours, et surtout ces derniers temps, j'ignore pourquoi, mais je délaisse tout cela. J'oublie que je suis un voleur de phrases d'autobus. Lundi dernier était l'un de ces jours. Mais, tout à coup, il s'est passé quelque chose de tout à fait imprévu. J'étais debout dans l'asphyxiant autobus bondé, m'appuyant distraitement sur un barreau de la plateforme centrale, quand une femme qui parlait dans son portable a dit derrière moi :
« Je vais descendre tout de suite à l'arrêt Fontana. J'ai trente ans, mais je ne sais pas si je les fais. Je ne suis ni belle ni laide. J'ai un manteau gris. Bon, à tout de suite. »
Elle me tournait le dos, si bien que je ne pouvais pas voir son visage, à moins de faire deux pas (ce qui était impossible) pour me mettre devant elle ou de me contorsionner, ce qui, avec tant de gens autour, n'aurait pas été très naturel. Ce « je ne suis ni belle ni laide » m'est allé droit au cœur. Une phrase déjà entendue mille fois, mais que j'écoutais maintenant différemment. Elle m'a beaucoup intrigué. Peut-on vraiment être dans l'entre-deux ? Qu'avait-il pu se passer dans la vie de cette femme pour qu'elle se valorise si peu et n'ait aucun problème à le dire à voix haute ? Aimait-elle se montrer modeste ? L'était-elle tout simplement sans qu'il n'y ait rien à redire ? Peut-être n'était-elle personne et n'arrivait-elle même pas à être modeste ? J'ai trouvé fâcheux de voir quelqu'un se résigner à une telle grisaille. Vue de dos, elle était toute petite, entièrement vêtue de gris et même ses cheveux noirs semblaient devenir gris, elle avait un sac Zara qui aurait été pour l'identifier une donnée plus utile que ce « je ne suis ni belle ni laide ».
J'ai envisagé de la suivre quand elle descendrait à Fontana pour voir qui elle retrouvait, pour entrer bille en tête dans le début d'un roman réel. Mais j'étais très en retard et je n'avais pas le temps de la suivre. Par ailleurs, je n'avais jamais suivi personne dans la rue et je ne me voyais pas du tout le faire. Ton espace, c'est l'autobus, me suis-je dit. Ce qui m'a aidé à chasser mon envie de descendre.
J'ai pensé aussi au livre sur Gérard de Nerval que j'étais en train de lire et je me suis remémoré une citation émouvante : « Je n'ai jamais vu ma mère. Ses portraits ont été perdus ou volés ; je sais seulement qu'elle ressemblait à une gravure du temps, d'après Prud'hon ou Fragonard, qu'on appelait La Modestie. »
Cette femme, entièrement vêtue de gris, ressemblait-elle à la mère de Nerval ? Mais pouvais-je savoir comment elle était s'il ne le savait pas lui-même ? Toujours est-il que je pouvais essayer de voir comment était la femme qui avait parlé dans son portable. J'étais très avide de savoir si elle n'était vraiment ni belle ni laide. J'ai attendu patiemment pour voir au moins son visage. Quand l'autobus s'est arrêté à Fontana, la femme s'est retournée brusquement vers moi et a commencé à se frayer un passage vers la sortie. Je l'ai vue dans un premier plan parfait. Un très beau visage aux yeux verts en amande, altéré par la tristesse et la modestie, par le désespoir, dirais-je. J'ai été de nouveau tenté de descendre de l'autobus et de lui emboîter le pas pour vérifier qui elle retrouvait.
Elle est descendue de l'autobus à Fontana et j'ai craint que, dans la rue Mayor de Gracia, sa beauté ne soit à chaque instant glorifiée, au gré des visages d'autrui. Je me suis alors rendu compte que j'étais devenu un peu jaloux d'elle. C'était une femme grise, d'une modestie séduisante. Je suis resté comme un imbécile dans l'autobus, la regardant se perdre dans la foule qui remontait la rue Mayor de Gracia. Tandis que l'autobus démarrait, j'ai encore eu le temps de la voir croiser toutes sortes de passants et offrir probablement à chacun sa plus belle image.
Pendant la nuit, j'ai rêvé que je retournais chez moi par le 24 et qu'un autobus de cette même ligne qui précédait le mien - ils étaient, en fait, collés l'un à l'autre - roulait si vite qu'il finissait par s'encastrer dans la station Fontana. Instinctivement, heureux d'être sain et sauf parce que j'étais dans l'autobus de derrière, j'ai regardé si la femme qui m'accompagnait sans rien dire l'était aussi. Elle l'était, c'était la Modestie en personne, la femme vêtue de gris que j'avais vue quelques heures auparavant. Elle était avec moi, saine et sauve. C'était elle, elle avait toujours son sac Zara. Et ses yeux semblaient maintenant plus tristes, encore plus en amande, plus irrésistibles que la première fois que je l'avais vue.
Je n'ai pas voulu accorder une grande importance au rêve (même si je savais qu'il en avait sûrement une) et je suis allé travailler. Il y a plus de vingt ans que je travaille à la Fondation Rougemont de Barcelone où j'occupe actuellement un poste important. J'ai eu de la chance dans la vie, je n'ai pas à me plaindre. Ma situation économique ne pourrait être meilleure et je considère que je peux me sentir fier de ma femme et de mes trois enfants. Je passe mes week-ends en famille à Sant Hilari de Sacalm où se trouve notre résidence secondaire. C'est toujours moi qui conduis - je ne laisse personne d'autre prendre le volant - parce que j'ai besoin de me détendre en conduisant et, en plus, j'aime bien rouler. La voiture me semble parfois le symbole de ce que j'ai obtenu.
Je suis très prétentieux, mais pratiquement personne ne le remarque parce que je me réprime le plus possible, ce qui me pousse sûrement à rouler autant quand je sors de Barcelone. Et si je roule autant, c'est peut-être tout simplement parce que, d'une façon ou d'une autre, bien que ce ne soit qu'en roulant à une bonne vitesse sur la route, j'ai besoin d'extérioriser sans gêner personne, de façon privée, l'orgueil que je ressens vis-à-vis de tout ce que j'ai obtenu dans la vie. Et ce n'est précisément pas dans l'autobus que je vais le faire, qui est toujours pour moi, par chance, un bain d'humilité en définitive très utile pour ne pas finir par devenir l'être le plus vaniteux de la terre.
Mais je me réprime, je me réprime beaucoup. Dans l'ascenseur, avec les voisins, par exemple. Quand je monte dans un ascenseur, j'adorerais pouvoir leur raconter mes grands faits, qu'ils sachent comme tout va bien pour moi. Dans quelques semaines, je vais recevoir à Paris une médaille de l'ordre du Mérite pour mon travail. Parfait, mais je n'en dis rien. J'aimerais toutefois pouvoir le dire, le crier en ce moment même à tous les habitants de l'immeuble. Parce qu'ils ont l'air de penser que je suis un pauvre diable. Il est vrai qu'ils me voient descendre de l'autobus, la tête toujours basse, modeste ! « Il est très commode parce qu'il me laisse devant la porte », leur dis-je, mais ils ont l'air de penser que je le prends parce que je suis à court d'argent et que je ne dépense de l'essence que le week-end.
Enfin. J'ai rêvé de l'autobus accidenté, peut-être un rêve lié à ma frustration de ne pas avoir pris la décision, la veille, de suivre dans la rue la femme aux vêtements gris dont, à son insu, la tristesse et la modestie m'avaient tourmenté. Puis, au bureau, je n'ai pu la chasser de mon esprit. Dans la soirée, au retour du travail, il m'est arrivé dans l'autobus quelque chose de tout à fait imprévu. À l'arrêt Fontana, il y avait un vieil handicapé qui attendait pour monter dans son fauteuil roulant. Et le chauffeur a immédiatement mis en branle les lents mécanismes de la rampe pour que l'homme puisse monter dans le véhicule. Mais la rampe n'a pas bronché, peut-être parce qu'elle n'était pas très souvent utilisée. Pour ma part, je n'avais jamais vu un handicapé monter dans le 24. Après cinq minutes d'incertitude, tout le monde a dû descendre de l'autobus parce que le véhicule était endommagé sans que l'on sache si c'était à la suite de la tentative d'installer la rampe ou simplement par hasard. Mais tout le monde a dû descendre et attendre l'autobus suivant. Je me suis dit qu'il y avait un certain parallélisme entre cette situation et celle du rêve de la veille : il y avait aussi un premier et un second autobus, le premier avait eu un accident et, comme si c'était trop peu, tout s'était passé devant l'arrêt Fontana.
Il n'empêche que la panne m'a remis clairement en mémoire le souvenir de la femme aux yeux tristes en amande du soir précédent. Je l'ai cherchée, au cas où elle aurait été là. Je me suis dit qu'elle avait peut-être passé un jour entier à tourner autour de la station Fontana. Je ne pouvais pas m'en empêcher, la femme grise m'avait beaucoup intrigué en se définissant comme ni belle ni laide. C'était étrange. Une phrase que j'avais entendue mille fois et à laquelle je n'avais jamais réfléchi, car elle m'avait toujours paru normale et banale, et qui, maintenant, m'inquiétait beaucoup, toute ma vie semblait soudain tourner autour d'elle.
Je l'ai cherchée dans la foule, mais elle n'avait apparemment pas laissé de trace. J'ai refait la même chose le mercredi et le jeudi, surtout en passant devant Fontana. Le vendredi, je suis allé déjeuner avec quelques camarades de la Fondation dans un restaurant proche des Ramblas. Beaucoup de gens s'étaient attroupés autour de ce que l'on appelle des « statues vivantes ». Il y en avait une, du Che Guevara, qui triomphait tout particulièrement, mais toutes les autres, une du footballeur Eto'o, une de Don Quichotte, une d'Evita Perón, retenaient également l'attention des touristes. Une seule, incroyablement discrète, n'avait pas de public. Car elle était à peine perceptible, comme inexistante, d'une immobilité absolue. J'ai même failli la heurter parce que je ne l'ai vue que lorsque je l'ai eue juste devant moi. Il s'agissait de la représentation d'une mendiante - londonienne, dirais-je - du XIXe siècle, mais il y avait en elle quelque chose d'étrange qui la faisait passer complètement inaperçue aux yeux des touristes et des gens en général. Elle portait une robe de panne grise en haillons qui arrivait jusqu'au sol où il y avait une timbale également grise pour les pièces de monnaie. C'est la Modestie, ai-je pensé, étonné.
Le lendemain, sous prétexte qu'il pleuvait, je ne suis pas parti en week-end. Et le dimanche matin, c'est-à-dire hier, quand le soleil est revenu, j'ai emmené ma famille voir une exposition de Fragonard dans un musée des hauteurs de Barcelone. J'ai pensé que je pourrais y tomber sur quelque piste qui me permettrait de vérifier, si jamais elle existait, où se trouvait La Modestie, la gravure de l'école de Prud'hon ou de Fragonard dont parlait Nerval. Et je me suis aussi dit que c'était une façon de me sentir, d'une certaine manière, proche de la femme grise.
« Quand est-ce que tu reçois ta médaille ? » m'a demandé mon fils aîné à brûle-pourpoint.
Il a déjà dix-sept ans, il croit encore en moi et, sur le moment, je n'ai pu réprimer un fort sentiment d'orgueil vis-à-vis de lui et - pourquoi ne pas l'avouer ? - de la médaille que je vais recevoir. Puis, presque aussitôt, j'ai eu honte de ma réaction vaniteuse et, pour me racheter, j'ai redoublé d'efforts afin de trouver quelque piste concernant la gravure et j'ai pensé à des personnes qui n'ont pas une haute opinion d'elles-mêmes, c'est-à-dire modestes.
Dans la librairie du musée, au moment où je m'y attendais le moins, je suis tombé sur un livre relatif à l'école de Prud'hon et n'ai pas hésité à l'acheter immédiatement. Il n'y avait aucune reproduction de la gravure que je cherchais, mais j'ai vu qu'elle existait et qu'elle était de l'école de Prud'hon (les disciples de Fragonard étaient donc écartés) et il y avait suffisamment d'informations pour la chercher sur Internet. À la maison, j'ai dans la soirée, avec l'aide de ma fille aînée, trouvé sur Google une photo de la gravure. La Modestie, cette figure en laquelle Nerval croyait voir sa mère, était une belle femme. Je crois que je suis tombé amoureux de cette représentation, car j'ai toujours dans mon portefeuille la photocopie que ma fille en a faite.
Ma plus jeune fille m'a dit, hier, quand l'après-midi du dimanche déclinait et que nous nous sentions tous très heureux en train de regarder un film à la télévision :
« Tu sais que tu as eu une très bonne idée de ne pas aller à Sant Hilari ? »
Aujourd'hui lundi, au retour du travail, j'ai entendu dans l'autobus une femme dire à quelqu'un qui parlait dans un téléphone portable :
« Ce n'est pas ça, mais tu es très près, presque à côté. Je t'aime. Tu es le meilleur du monde. »
J'ai cru qu'elle s'adressait à moi. Je me suis retourné et ma déception a été immense, non pas parce que les phrases ne m'étaient pas adressées, mais parce que cette femme ne ressemblait en rien à celle que je cherchais et dont je n'avais que l'image dans mon portefeuille. Elle parlait avec son fiancé et a continué à le faire.
« Un bulbul, c'est un rossignol persan, je croyais que tu le savais. »
Elle a dit ces mots on ne peut plus bizarres, mais je n'ai même pas eu envie de les noter. C'est triste à dire, mais il me semble que la chasse aux phrases, le monde, presque tout, m'intéressent moins. D'un jour à l'autre, j'ai commencé à perdre du tonus. Comme si le chasseur ancestral qui est en moi commençait à perdre sa curiosité, l'attention nécessaire, son agilité et sa patience. Comme si je ne cherchais qu'à la croiser pour pouvoir lui dire, je ne sais pas, pour pouvoir lui dire mes plus modestes vérités : que je vieillis, que je ne suis plus un aussi bon chasseur de phrases, que les médailles, le monde, sauf elle, ne me disent plus grand-chose.