+ Réservoir 13 - Jon McGregor
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Jon McGregor Réservoir 13

"Réservoir 13" de Jon McGregor,
traduit de l'anglais par Christine Laferrière.

 

Ils se sont rassemblés au parking durant l'heure précédant l'aurore et ils ont attendu qu'on leur dise quoi faire. Il faisait froid et il y avait peu de conversation. Il y avait des questions que l'on ne posait pas. La disparue s'appelait Rebecca Shaw. La dernière fois qu'on l'avait vue, elle portait un haut blanc à capuche. Une brume planait bas au-dessus de la lande et le sol était durci par le gel. Ils ont reçu des instructions et ensuite, ils sont partis ; leurs bottes crissaient sur le sol durci et leurs traces s'estompaient derrière eux tandis que la bruyère se redressait pour reprendre sa forme. Elle mesurait un mètre cinquante-deux et avait les cheveux blond foncé. Elle avait disparu depuis plusieurs heures. Ils gardaient les yeux baissés, ils ne parlaient pas, ils se demandaient ce qu'ils pourraient trouver. On entendait seulement des pas, des chiens qui aboyaient le long de la route et, faiblement, un hélicoptère du côté des réservoirs. L'hélicoptère était resté dehors toute la nuit et n'avait rien trouvé, son phare avait balayé la bruyère et des ruisseaux bruns qui enflaient. Les moutons de Jackson avaient pris peur, ils s'étaient dispersés par un portail brisé et Jackson avait veillé jusqu'à une heure indue pour les ramener. Les équipes de secours en montagne, les équipes de spéléologues et la police n'avaient rien trouvé, et, à minuit, on avait lancé une recherche. Il n'avait pas fallu grand-chose pour mobiliser les volontaires. La moitié du village était déjà dehors et parlait de ce qui avait pu arriver. Ce n'était pas une période de l'année où monter sur la colline, disait-on. Certains de ceux qui viennent par ici ne savent pas à quel point le changement de temps peut être brusque. À quel point la nuit tombe vite. Certains n'ont pas l'air de savoir qu'il y a des endroits où le téléphone portable ne marche pas. La famille de la fille était venue pour le nouvel an et logeait dans une des granges aménagées chez les Hunter. Au crépuscule, elle avait accouru au village en hurlant. C'était une nuit bien froide pour aller sur la colline. Elle ne fait probablement que se cacher, disaient les gens. Elle doit être au fond d'un ravin. S'être tordu la cheville. Elle doit avoir l'intention de flanquer la frousse à ses parents. On disait beaucoup de choses comme ça. Les gens voulaient seulement ouvrir la bouche et parler, ils ne faisaient pas très attention à ce qu'il en sortait. Vers le point du jour, la brume s'était dissipée. Du sommet de la lande, quand ils se tournaient, les gens voyaient le village : la hêtraie et le jardin communal, le clocher de l'église et le terrain de cricket, la rivière, la carrière et la cimenterie au bord de la grand-route qui menait à la ville. Il y avait beaucoup de terrain à couvrir, donc de nombreux endroits où la fille pouvait être. Ils ont avancé. Il y avait de temps à autre un éclair de lumière provenant de la circulation sur l'autoroute, tout juste visible à l'horizon. Les réservoirs étaient d'un gris métallique terne. Une épaisse bande de pluie arrivait. Le sol était maintenant plus mou, l'eau brune huileuse montait autour des bottes. Un hélicoptère chargé d'un reportage volait à faible altitude au-dessus de la file de volontaires. On avait bien du mal à ne pas lever les yeux et agiter la main. Plus tard, la police a tenu une conférence de presse au Gladstone, mais elle n'avait rien à annoncer hormis ce que l'on savait déjà. La disparue s'appelait Rebecca Shaw. Elle avait treize ans. La dernière fois qu'on l'avait vue, elle portait un haut blanc à capuche avec un gilet matelassé bleu marine, un jean noir et des chaussures en toile. Elle mesurait un mètre cinquante-deux et avait les cheveux blond foncé, raides, qui lui arrivaient aux épaules. La population était instamment priée de contacter la police si elle apercevait qui que ce soit correspondant à ce signalement. Les recherches reprendraient quand les conditions météorologiques le permettraient. Le soir, au-dessus de la place, il y avait la lueur de projecteurs de télévision, de la fumée qui s'élevaient de groupes électrogènes et de hautes voix en provenance de la cour derrière le pub. Des doutes commençaient à émerger.