+ Lettres du Père Noël - J.R.R. Tolkien
Actualités Presse Nouvelles
J.R.R. Tolkien Lettres du Père Noël
Lettres extraites des Lettres du Père Noël
de J.R.R. Tolkien

Traduit de l'anglais par Gérard-Georges Lemaire

Mes chers Enfants

J'espère que vous aimerez les petites choses que je vous ai envoyées. Comme vous semblez des plus intéressés par les trains, en ce moment, je vous envoie essentiellement des choses de ce genre. Je vous envoie comme toujours mes affectueuses pensées et plus encore. L'Ours Polaire et moi nous avons été ravis de recevoir tant de belles lettres de vous et de vos animaux domestiques. Si vous pensez que nous ne les avons pas lues, vous vous trompez ; mais si vous trouvez que peu de vos demandes ont été satisfaites, ou en tout cas moins que d'autres fois, souvenez-vous qu'à Noël, cette année, il y a un nombre terrible de gens pauvres et affamés dans le monde entier.

J'ai dû (et mon Frère Vert aussi) rassembler de la nourriture et des vêtements, des jouets aussi, pour les enfants dont les pères, les mères et les amis ne peuvent rien leur offrir, parfois pas même un repas. Je sais que vos parents et vos amis ne vont oublieront pas.

En somme, mes chéris, j'espère que vous serez heureux ce Noël, que vous ne vous disputerez pas et que vous vous amuserez bien tous ensemble avec votre train. N'oubliez pas le vieux Père Noël lorsque vous illuminerez votre arbre.

M'oubliez pas non plus !

Il a continué à faire chaud par ici comme je vous l'ai dit - pas ce que vous, vous appelleriez chaud, mais chaud pour le Pôle Nord, avec très peu de neige. L'Ours du Pôle Nord, si vous voyez qui je veux dire, a été par conséquent paresseux et engourdi, très lent à faire les paquets, ou n'importe quelle tâche à part manger. Cette année, il s'est amusé à prendre des échantillons et à goûter les colis de nourriture (pour vérifier si elle était fraîche et bonne, disait-il).

Quelqu'un doit y penser - et j'ai trouvé des cailloux dans les croseilles.

Mais ce n'est pas le pire - je pourrais difficilement me rendre compte que c'est Noël s'il ne faisait pas quelque chose de ridicule. Vous ne devinerez jamais ce qu'il a fait cette fois ! Je l'ai envoyé dans une de mes caves - on l'appelle le Trou aux Pétards - où je conserve des milliers de boîtes de pétards (vous aimeriez les voir, une rangée au-dessus de l'autre, toutes avec leur couvercle ouvert pour montrer les différentes couleurs).

Eh bien, je voulais 20 boîtes, et j'étais occupé à trier des soldats et des éléments de la ferme ; je l'ai donc envoyé ; et il a été si paresseux qu'il a pris deux Petits Garçons des Neiges (qui n'ont pas le droit d'y descendre) pour l'aider. Ils ont commencé à sortir les pétards des boîtes, et il a essayé de les boxer (je veux parler des oreilles des garçons), ils se sont jetés de côté et l'ours a trébuché, faisant tomber sa bougie BOUM ! dans mes pétards de feux d'artifice et dans mes boîtes d'allumettes magiques.

J'ai entendu le bruit et senti l'odeur dans le vestibule ; et quand je me suis précipité en bas, je n'ai vu que de la fumée et des étoiles filantes, et ce bon vieil Ours Polaire se roulait sur le sol avec des étincelles enflammant sa fourrure : il en a un bon échantillon de brûlé dans le dos.

Ça allait !
C'est là que Père Noël a renversé la sauce sur mon dos, pendant le dîner !

Les Petits Garçons des Neiges se sont tordus de rire et puis se sont enfuis. Ils ont dit que c'était magnifique à voir - mais ils ne viendront pas à la fête que j'organise le lendemain de Noël ; ils ont déjà eu plus que leur comptant.

Deux des neveux de l'Ours Polaire séjournent ici depuis quelque temps - Paksu et Valkotukka (cela veut dire « gros » et «poil blanc», disent-ils). Ce sont des oursons au gros ventre, et ils sont très drôles quand ils se chamaillent et se roulent par terre. Mais une autre fois, ils viendront pour le lendemain de Noël et pas uniquement à la période des emballages. J'ai trébuché sur eux quatorze fois par jour la semaine dernière.

Et Valkotukka a avalé une pelote de ficelle rouge, pensant que c'était un gâteau, le fil s'est emmêlé à l'intérieur de son corps et il a eu une mauvaise toux - il n'a pas pu dormir la nuit, mais j'ai trouvé que comme il avait mis du houx dans mon lit, c'était bien fait pour lui.

Hier, le même ourson a renversé toute l'encre noire dans le feu - pour faire de la nuit : ça a bien été la nuit, une nuit très odorante et très enfumée. Nous avons perdu Paksu pendant toute la journée de mercredi dernier, et on l'a retrouvé jeudi matin endormi dans un placard de la cuisine ; il avait mangé deux puddings entiers d'affilée. En grandissant, ils deviennent exactement comme leur oncle.

Pas juste !

Je vous dis au revoir, à présent. Je vais une fois de plus reprendre le cours de mes voyages. Vous ne devez pas croire aux dessins qui me montrent en avion ou dans des engins à moteur. Je ne peux pas les conduire, et je ne veux pas le faire; et, sans parler des odeurs, ils sont trop lents comparés à mon attelage de rennes, que j'entraîne moi-même. Ils vont très bien cette année, et j'espère que mon courrier arrivera avec ponctualité. J'ai quelques jeunes rennes venus de Laponie, ce Noël (un grand endroit pour les sorciers : mais ceux-là sont des ARTIFICIERS).

C'est Mauvais !

Un jour je vous enverrai un dessin de mes écuries pour rennes et de mes granges. J'espère que John, bien qu'il ait maintenant plus de 14 ans, suspendra son bas cette dernière fois ; mais je n'oublie pas les gens même s'ils ont passé l'âge, pas avant qu'ils ne m'oublient. Je vous envoie donc des BAISERS à vous TOUS, et surtout à la petite PM, qui commence sa période du bas et j'espère que vous serez heureux.

Votre affectueux Père Noël

P.S. Tout est dessiné par l'Ours du Pôle Nord. Ne pensez-vous pas qu'il a fait des progrès ? Mais l'encre verte est à moi - et il ne me l'a pas demandée.

***